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Traduction libre de la deuxième de couverture :

The Underwriting  est un coup d'oeil alléchant jeté sur les salles de conseils d'administration et les chambres à coucher de six jeunes gens pleins d'espoir impliqués dans une introduction en bourse d'une société de la Silicon Valley qui les projettera parmi les richissimes - si le système ne les détruit pas avant. Chacun d'entre eux est à l'affût du succès mais il leur faudra peut-être obtenir plus qu'un accord financier pour accéder en haut des marches.

Todd Kent, pro de Wall Street et véritable play-boy, n'est pas surpris quand l'excentrique fondateur de Hook le contacte pour mener à bien l'opération boursière de la décennie: introduire l'application de rencontres, qui vaut des milliards de dollars, en bourse. Hook aide Todd à se taper des nanas depuis sa création et maintenant, l'application est sur le point de changer le cours de sa carrière. N'ayant que deux mois pour préparer le dossier, Todd rassemble une équipe de banquiers spécialistes de l'investissement financier - Neha, une tête, Beau, un party-boy, et un choix surprenant en la personne de Tara, une ex-petite amie rencontrée à l'université.

Tara fait dix kilomètres de course à pied tous les matins, ne mange jamais après vingt-et-une heures, est la première à arriver au bureau et la dernière à partir mais elle commence à se demander pourquoi elle se donne tant de mal. Quand Todd lui demande de l'aider pour l'introcution de Hook en bourse, elle y voit une opportunité de percer le plafond de verre et de justifier six ans de sacrifices, sans vie amoureuse, pour sa carrière. Elle réalise rapidement que l'application de rencontres lui réserve beaucoup plus qu'un bonus majoré.

Les étoiles sont enfin favorables à Nick Winthrop. Rejeté d'une fraternité d'étudiants à laquelle appartenait Todd Kent à l'université de Stanford, Nick est maintenant diplômé de la Harvard Business School et le directeur financier de Hook, avide de revanche sur la vie et à l'ego surdimensionné. Maintenant que Hook va être introduit en bourse et qu'il s'apprête à en retirer 80 millions de dollars, la vie, que Nick estime mériter, est à portée de main.

Mais quand une jeune femme meurt, cela menace de faire tomber toute l'affaire - et la vie des personnes impliquées - en chute libre.

The Underwriting est une incursion avisée et intuitive dans les rouages de mondes définissant deux générations et pourrait bien êtrele portrait le plus juste de la génération tech et du pouvoir qu'elle détient pour façonner l'avenir.

Avant de commencer ce livre, j'avais fait un pacte avec moi-même: si je ne l'aimais pas, je n'en parlerais pas ici. Je ne suis peut-être pas très objective mais je ne prétends pas être une critique littéraire professionnelle et il était hors de question que je dise du mal de l'oeuvre littéraire d'une adorable ancienne élève. J'ai eu le privilège d'enseigner le français à la talentueuse Michelle Miller au lycée d'Asheville (Caroline du Nord). Je me souvenais de son intelligence hors norme, je voyais mal comment elle aurait pu pondre un navet!  Après avoir lu son roman d'une traite, je ne suis pas peu fière d'elle!  Donc j'en parle et vous l'aurez compris, j'ai aimé. J'ai ADORÉ !!!

Le slogan sur la couverture - Enrichissez-vous! Faites-vous baiser ! Vengez-vous ! - laissait promettre un univers féroce et féroce, il l'est en effet ! Ce roman a d'abord été publié  sur Internet sous la forme d'une websérie et il est maintenant en librairie aux Etats-Unis. Je n'ai aucun doute qu'il sera traduit dans de nombreuses langues - il devrait sortir en France à l'automne. Michelle Miller a cotoyé les mondes de la finance et de l'industrie technologique. Puis, elle a quitté son job pour écrire ce roman. Elle parle d'un monde où argent ne rime pas avec éthique, où sexe ne rime pas avec amour, où amitié ne rime pas avec empathie mais où travail rime avec esclavage, technologie avec voyeurisme et détente avec excès. Si vous n'acceptez pas les règles, quelqu'un d'autre les acceptera et parviendra en haut de l'échelle à votre place. Tout cela est très cruel mais l'auteur fait preuve d'un humour et d'un sarcasme d'autant plus remarquable qu'elle a mis beaucoup d'elle-même dans cette histoire. Elle y fait une description très avisée d'une nouvelle génération de femmes qu'elle appelle les "muppies", un mélange de "millennials", terme utilisé aux Etats-Unis pour désigner la génération née à l'heure du numérique et "yuppies", les jeunes carriéristes urbains (Young Urban Professionals) des années 80, immortalisés en 1987 dans le film d'Oliver Stone, Wall Street, interprété par Michael Douglas. Je conseille à ce sujet un article fort intéressant publié dans le Figaro Madame le 3 février dernier et qui déjà annonçait le roman de Michelle.

Ce roman est aussi très critique envers la société américaine hyper-compétitive, qui a exigé de cette génération qu'elle soit la meilleure en tout, en la couvrant de lauriers, mérités ou pas. Je souhaite citer un passage, qui en dit long et qui m'a vraiment parlé. C'est un extrait d'une conversation entre une jeune femme et un homme plus âgé. Une fois de plus, ceci est une traduction libre, soyez cléments !

"Je pense simplement que votre génération ne réalise pas à quel point il a été pour nous déstabilisant de grandir dans un monde qui, tout en étant hyper-compétitif, s'engageait à donner un trophée à tout le monde. Nous nous inscrivions à tout dans le but de prendre de l'avance, mais ensuite tout le monde avait peur de nous vexer en nous disant si nous étions vraiment bons ou pas. Nous avons tout fait mais ne savions jamais si nous étions bons en quoique ce soit."

C'est un point qui me dérangeait un peu, me choquait même, quand j'enseignais aux Etats-Unis. Que vous soyez un élève brillantissime ou un cancre, vos chances d'entendre appeler votre nom à la cérémonie de remise de prix sont les mêmes. Si vous n'avez pas manqué un jour d'école ou que vous sachiez jouer au basket ou que vous sachiez vaguement jouer de la clarinette, vous pouvez rentrer à la maison avec un beau diplôme ! Quels que soient vos résultats... La confiance en soi-même prime parfois sur le mérite et de temps à autre, cela me tapait sur le système. Je trouvais qu'on donnait des illusions aux élèves sur la façon dont le monde tourne. Certains personnages dans le livre de Michelle Miller en font la dure expérience. En France, le concept de "self-esteem" est souvent ignoré et cela m'énerve aussi. Mais, comme souvent, quand il en est d'une comparaison entre la société américaine et la société française, il faudrait trouver un juste milieu.

En ce qui concerne les étudiants se destinant à l'université, je trouvais leur course à la première place pour prendre de l'avance - comme le dit Michelle - quelque peu malsaine et souvent exagérée. Si vous voulez rentrer dans une bonne université, vus devez être le premier... en TOUT ! Ils s'inscrivaient à des cours préparatoires à l'université pour d'une part gagner du temps - et donc de l'argent ! - quand ils y seraient mais aussi pour étoffer leurs dossiers d'inscription aux universités, ils suivaient des cours de théâtre, de musique, de dessin ou de peinture, de danse, d'expression orale,  etc. Ils représentaient leur école au sein d'une des nombreuses équipes sportives. Ils étaient complètement overbookés et je me demandais souvent quand ils avaient le temps de rêvasser. N'est-on pas censé le faire à l'adolescence?

Pour en revenir au très réussi roman de Michelle Miller, je lui souhaite une jolie carrière et suis impatiente d'en lire la traduction française pour voir comment le traducteur se sera sorti des pièges posés par les nombreux acronymes et néologismes, qu'elle emploie et qui définissent sa génération outre-Atlantique mais qui ne diraient pas grand chose aux Français.