underground

 

Cora est esclave dans une plantation de coton en Géorgie. La vie est un enfer pour tous les esclaves, mais particulièrement pour Cora; une paria même parmi ses semblables africains, elle vit les prémisses de sa vie de femme, qui lui réserve des épreuves encore plus pénibles. Quand Caesar, arrivé récemment de Virginie, lui parle de l'Underground Railroad, ils décident ensemble de prendre le plus effrayant des risques et de s'échapper. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévues. Cora tout d'abord tue un jeune garçon blanc qui essaye de la capturer et bien qu'ils trouvent une station et réussissent à se diriger vers le nord, ils sont toujours pourchassés. Dans l'imagination sans bornes de Whitehead, l'Underground Railroad n'est pas une simple métaphore. En effet, des ingénieurs et des conducteurs font vraiment fonctionner un réseau secret de voies et de tunnels qui traverse le Sud sous terre. Le premier arrêt de Cora et Caesar est en Caroline du Sud, dans une ville qui au départ leur semble être un havre de paix. Mais le calme plat de la ville masque un schéma insidieux destiné à éliminer ses habitants noirs. Pire encore, Ridgeway, l'infatigable chasseur d'esclaves est à leurs trousses. Obligée de fuir à nouveau, Cora s'embarque dans un atroce voyage, d'état en état, à la recherche d'une vraie liberté.

Tel le héros du Voyage de Gulliver, Cora rencontre différents mondes à chaque étape de son voyage, le sien étant un périple à travers le temps autant que l'espace. Alors que Whitehead retrace brillamment la terreur unique vécue par les noirs avant la Guerre de Sécession, son récit tisse dans un style très fluide la saga de l'Amérique allant de la brutale importation d'Africains aux promesses non tenues de nos jours. The Underground Railroad est à la fois l'aventure cinétique du désir féroce d'une jeune femme d'échapper aux horreurs de la servitude et une méditation bouleversante, puissante sur l'histoire que nous partageons tous.

Ce roman n'est pas encore traduit en français mais je ne doute pas qu'il le sera car la plupart des romans de Colson Whitehead l'ont été. Le résumé ci-dessus est le fruit de ma traduction de la quatrième de couverture de l'édition américaine. Vous pardonnerez mes imprécisions !

Le New York Times avait mis en décembre ce roman parmi les 10 meilleures fictions de 2016 et j'ai maintenant compris pourquoi. Je ne suis pas prête d'oublier Cora. Dans ce roman, l'auteur part de l'existence de l'Underground Railroad, un réseau plus ou moins organisé d'activistes abolitionnistes à la fois blancs et noirs qui aida des esclaves à s'échapper avant la Guerre de Sécession, et le transforme d'une métaphore en un véritable réseau ferroviaire souterrain qui transporte des fugitifs vers le Nord. En vérité, ce dernier n'a bien sûr jamais existé. Même si dans le roman, ce sont les esclaves mêmes qui le construisent, on imagine mal comment dans la réalité ils auraient pu entreprendre une telle entreprise sur des milliers de kilomètres ! 

Le résultat est un roman hallucinant d'une puissance extraordinaire dont on sort en comprenant mieux le coût humain de l'esclavage mais ce qui est formidable dans ce bouquin, c'est une espèce de style élastique qui mêle un réalisme brutal à des allégories de fables. C'est vraiment très curieux. Il y a des scènes d'une violence extrême et pourtant il en ressort une poésie palpable. Bref, ce bouquin m'a un peu envoûtée ! C'est sans aucun doute un des meilleurs livres que j'aie jamais lu sur la question de l'esclavage aux Etats-Unis et il a une résonance assourdissante dans l'Amérique de 2017...

Je ne résiste pas au plaisir de partager un de mes passages préférés. Là encore, pardon si la traduction n'est pas parfaite. J'espère d'ailleurs que la traduction de ce livre sera confiée à un traducteur de qualité car une mauvaise traduction serait un crime. Bref...

"And America, too, is a delusion, the grandest one of all. The white race believes - believes with all its heart - that it is their right to take the land. To kill Indians. Make war. Enslave their brothers. This nation shouldn't exist, if there is any justice in the world, for its foundations are murder, theft, and cruelty. Yet here we are."

"Et l'Amérique aussi est une illusion, la plus grande de toutes. La race blanche croit, et croit de tout son coeur, que c'est leur droit de prendre les terres. De tuer les Indiens. De faire la guerre. De réduire leurs frères à l'esclavage. Cette nation ne devrait pas exister, s'il y avait un semblant de justice sur terre, parce qu'elle est fondée sur le crime, le vol et la cruauté. Et pourtant, nous sommes là."

A méditer...