McCullers

Editeur : First Mariner Books - Edition : 2004

Titre en français : Frankie Adams - Le Livre de Poche (1990)

Quatrième de couverture de la version française :

« Cher papa,
C'est une lettre d'adieu, en attendant que je t'écrive d'un autre endroit. Je t'avais prévenu que je quitterais cette ville parce que je ne pouvais pas faire autrement., je ne peux pas supporter plus longtemps cette existence, parce que la vie est devenue pour moi un fardeau. J'ai pris le revolver parce qu'on ne sait jamais, mais je peux en avoir besoin, et je te renverrai l'argent à la première occasion. Dis à Bérénice qu'elle ne s'inquiète pas. Tout est venu de l'ironie du sort, et ça ne pouvait pas être autrement. , je t écrirai plus tard. Papa, je t'en prie, n'essaie pas de me rattraper.
Bien à toi. Frances Addams »
Six ans après Le coeur est un chasseur solitaire qu'elle a publié à 22 ans en 1940 et qui l'a rendue célèbre, Carson McCullers (1917-1967) écrit Frankie Addams, son deuxième chef-d'oeuvre, avec toujours cette question lancinante chez la grande romancière américaine du sud des États-Unis : pourquoi est-il si difficile de passer de l'enfance à l'âge adulte, si compliqué aussi de conclure la paix avec soi-même ?

Ce que j'en ai pensé...

Il y a bien longtemps que je voulais lire un roman de Carson McCullers et c'est finalement en voyant le post d'une blogueuse que je suis sur Instagram que je me suis enfin décidée. Je n'ai pas commencé par son premier mais j'y viendrai tôt ou tard tant celui-ci m'a plu. C'est l'histoire de l'inimitable Frankie, petite fille qui se veut grande mais pas tout le temps, qui s'ennuie à mourir l'été de ses douze ans jusqu'à ce qu'elle apprenne que son frère aîné va se marier. Encouragée par ses conversations avec la servante noire de la maison, Berenice, et son petit cousin de six ans, sans parler de son imagination débridée,  Frankie se taille un rôle à la mesure de ses rêves pour ce mariage allant jusqu'à espérer que les jeunes mariés l'emmèneront en lune de miel avec eux. Carson McCullers est à la hauteur de sa légende. C'est magnifiquement écrit, on y retrouve ce langage du Sud qui m'est si cher  - j'ai un peu de mal à imaginer la traduction en français d'ailleurs... -, et ces descriptions nous mettent parfaitement dans l'ambiance d'une petite ville du Sud des Etats-Unis dans les années 40. On ressent la moiteur du climat en été, on imagine la lourdeur des pas de Frankie alors qu'elle arpente Main Street en plein soleil, on sent les odeurs de pain de maïs dans la cuisine, on voit la maison en bois avec le porche où l'on s'installe pour regarder les lucioles le soir dans le jardin et une fois installés dans cette ambiance, on ne peut que compatir avec les états d'âme de cette fillette déchirée entre l'enfance et l'adolescence. Magnifique roman, vraiment.