girls

Editeur : Random House

Titre français : The Girls - Editeur La Table Ronde (25 août 2016)

Quatrième de couverture de l'édition française :

Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d'une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas quelle s'approche inéluctablement dune violence impensable. Dense et rythmé, le premier roman d Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu'elles deviennent.

Ce que j'en ai pensé...

Les filles, c'est comme ça que ma mère parle des trois poupées de mon enfance, qui sont toujours dans la chambre que j'occupe chez elle quand j'y suis et qui sont celles que j'avais sous le nez en lisant ce livre... mais croyez-moi, les "girls" de ce roman n'ont rien à voir avec celles de mon enfance ! Attention, roman dérangeant et décoiffant s'il en est ! J'ai hésité à le lire, je craignais de me trouver face à des situations morbides mais ce ne fut pas le cas; c'est avec une certaine poésie qu'Emma Cline nous entraîne à la suite de cette Evie qui se cherche comme toute ado de 14 ans et qui malheureusement va croiser ces " bad girls", qui l'embarqueront dans un trip plus que scabreux qui façonnera le reste de sa vie.  

Inspiré par les évènements liés à la secte de Charles Manson à la fin des années 60 et à l'assassinat de Sharon Tate, alors compagne de Roman Polanski, j'imaginais bien que ce roman ne serait pas léger mais je n'avais pas anticipé son exigeance, à la fois psychologique et stylistique. Je l'ai à la fois lu avec plaisir, parce que c'est formidablement bien écrit, et en même temps avec difficulté car parfois, les situations devenaient tellement dérangeantes que j'étais obligée de m'arrêter et de reprendre mon souffle pendant quelques heures. Je savais bien sûr vers quoi Evie était embarquée et je me disais presque, quand je faisais des pauses, que peut-être cela ferait ralentir l'inéluctable course en avant vers la violence.

Ce roman capture avec subtilité toute la difficulté qu'il y a à être adolescente et à trouver son chemin sans tomber dans de sombres excès et j'ai trouvé incroyable qu'une auteur si jeune ait pu écrire un livre si fin du point de vue de l'analyse psychologique des personnages mais aussi si parfait quant aux détails de l'époque. On plonge vraiment dans l'ambiance des années 60 et chaque détail est parfaitement dans son contexte, c'est vraiment remarquable.  Il sera intéressant de voir ce qu'Emma Cline publiera à la suite de ce premier roman très, très fort.