Venise

Editeur : Le Livre de Poche (1er février 2017)

Quatrième de couverture :

Émile a quinze ans. Il vit à Montargis, entre un père doux-dingue et une mère qui lui teint les cheveux en blond depuis toujours, parce que, paraît-il, il est plus beau comme ça. Quand la fille qui lui plaît plus que tout l'invite à Venise pour les vacances, il est fou de joie. Seul problème, ses parents décident de l'accompagner...
C'est l'histoire d'une famille inclassable, l'histoire d'un premier amour, miraculeux et fragile, d'un voyage initiatique et rocambolesque où la vie prend souvent au dépourvu, mais où Venise, elle, sera au rendez-vous.
Un roman dans la lignée de La vie devant soi , du film Little Miss Sunshine, où l'humour se mêle à l'émotion.
                                                                                                                                                                                                     Ce que j'en ai pensé...
                                                                                                                                                                                              Jolie petite lecture estivale, un peu douce-amère. Derrière l'ironie du narrateur, on sent une blessure, celle principalement de l'adolescence, l'âge où l'on se trouve nul, moche, où l'on a honte de ses parents, peur de parler au sexe opposé, peur d'avoir l'air cloche, peur de tout en fait... On est tous passés par là... C'est frais, sans grande prétention et ça se lit comme on mange une glace au chocolat, ça glisse tout seul ! Et puis, en ce qui me concerne, n'importe quel roman m'emmenant faire un tour dans la Sérenissime a toujours un peu mes faveurs.
                                                                                                                                                                                           Venise, j'y vais régulièrement depuis 34 ans - si j'exclus une toute première fois quand j'avais 8 ans et dont je ne me souviens pas énormément -. J'ai eu la chance de découvrir Venise avec des Vénitiens et c'est un bonheur renouvelé depuis lors. J'ai vu Venise sous un soleil brûlant, sous la pluie, dans le brouillard, sous la neige - magique ! -, j'y ai eu froid à mourir, chaud à crever aussi, j'y ai vécu le Carnaval, la Fête du Rédempteur, une Saint-Sylvestre, un mariage, d'innombrables fêtes et dîners, j'y ai été heureuse, malheureuse, amoureuse, célibataire, en couple, en famille, j'y ai marché des kilomètres et kilomètres à pied, j'y ai attrapé des ampoules montrueuses, j'y ai affronté l'acqua alta avec bottes et bonne humeur, j'y ai combattu les moustiques l'été, j'y ai dégusté des tonnes de cichetti ("tapas" à la vénitienne), j'y ai arpenté son cimetière unique à la recherche de tombes célèbres et pour rendre hommage à des amis perdus, j'y ai monté et descendu le Canal Grande en vaporetto un nombre de fois incalculable, j'y ai visité un nombre d'églises tout aussi incalculable, j'y ai bu des verres de prosecco au comptoir d'un nombre de bars de plus en plus incalculable (non, non, je ne suis pas  alcoolique, ça fait partie de la culture de se retrouver le soir entre amis pour prendre un apéritif avant de rentrer dîner !), j'y ai visité les îles de la lagune, bref, j'y ai passé beaucoup, beaucoup de temps et je ne m'en lasse jamais. Ces dernières années toutefois, le tourisme de masse développé à l'extrême est en train de tuer ma Venise à petit feu et je bous de rage quand j'y retourne. J'ai parfois des envies de meurtre quand je vois ces paquebots géants défigurer le Canal de la Giudecca et mettre en danger le fragile équilibre de la ville, ou quand je constate qu'un commerce de proximité que je connaissais depuis des lustres est remplacé par un énième commerce de pacotilles tenu par des Chinois. Je vous rassure, je ne passerai sans doute pas à l'acte mais en attendant, je soutiens du mieux que je peux une association qui se bat depuis plusieurs années pour, dans un premier temps, mettre fin à l'arrivée massive de ces monstrueux bateaux de croisière et pour établir un nombre maximum d'entrées de touristes par jour. Ce n'est pas gagné car les enjeux économiques sont énormes. Les voix des Vénitiens commencent à s'élever mais le monde n'entend pas, ou tout du moins n'entend pas assez. J'ai tellement peur que tout cela se termine en une épouvantable tragédie et je souffre à l'avance pour ce que j'aurai perdu, pour ce que mes amis vénitiens auront perdu, pour ce que l'humanité aura perdu.
                                                                                                                                                                                                     Alors s'il y a bien un aspect de ce petit roman sympathique, qui m'a émue, c'est quand Emile découvre Venise avec toute son innocence car je me suis revue il y a 34 ans avec cette même innocence et ce même bonheur de découvrir cette merveille qu'est Venezia.
                                                                                                                                                                                                 "Ça m'a fait l'effet d'une oeuvre d'art, mais dépassant tout ce que j'aurais pu imaginer. Je vous jure, cette ville, fallait y penser. La beauté, la poésie, la grâce, tout ce dont on nous prive à longueur de journée, parce que la vie doit être pratique, organisée, et qu'il faut inverser la courbe de la croissance, ou du chômage, et aussi relancer la consommation des ménages, vous savez, toutes ces phrases du journal de 20 Heures qui nous éloignent du bonheur en nous le promettant à chaque instant, eh bien ici, dans chaque ruelle, sur chaque petit pont, tout vous suffit, il n'y a plus de promesse, c'est devant vous, offert à votre regard, et il ne reste qu'à s'agenouiller et remercier. Venise, c'est une raison d'y croire, et il n'y en a pas souvent."