Chalandon

Editeur : Grasset (16 août 2017)

Nombre de pages : 336

Quatrième de couverture :

«  Venge-nous de la mine  », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Ce que j'en ai pensé...

Je n'avais jamais lu d'ouvrage de Sorj Chalandon, bien que ma mère m'y ait encouragé plusieurs fois en particulier concernant Retour à Killybegs. Je ne savais pas trop à quoi m'attendre et je ne sais pas si j'en aimerai d'autres mais celui-ci, je l'ai beaucoup aimé.

D'après ce que j'ai lu, il dénote un peu dans la bibliographie de Chalandon, qui, apparemment, avait, jusqu'à présent, écrit soit des fictions autobiographiques, soit des romans en relation avec son passé de journaliste. Celui-ci est un savant mélange des deux. A la base de l'histoire, il y a la catastrophe de Liévin le 27 décembre 1974, qui fut la plus grosse catastrophe que connut le bassin houiller du Nord-Pas de Calais après celle de Courrières en mars 1906. Quarante-deux hommes y perdirent la vie au fond de la mine après un coup de grisou et ce roman est avant tout un hommage aux vies sacrifiées de ces hommes et au courage de leur famille. En parallèle de l'histoire officielle, nous suivons celle de Michel Flavent, qui a perdu son frère dans cette catastrophe et dont la vie entière sera guidée par un désir de vengeance envers le(s) responsable(s) de cette catastrophe. Le résultat est un roman incroyablement émouvant, qui, bien sûr, fait écho à Germinal et grâce auquel on ne peut que constater qu'entre l'époque de Zola et 1974, les conditions de travail des mineurs n'avaient guère changé ! 

A l'heure où le monde se pose des questions sur son avenir énergétique, où la France recule l'heure de fermer ses centrales nucléaires car les fermer signifierait revenir au charbon et à ses émissions léthales de CO², où l'Allemagne a fermé ses centrales nucléaires mais dépend désormais de ses centrales à charbon extrémement polluantes, où Trump rouvre aux Etats-Unis des mines de charbon fermées par Obama, l'écriture de ce roman n'est certainement pas innocente. Bien sûr, Chalandon a probablement vécu cet épisode tragique en tant que journaliste et comment ne pas être marqué à vie par un tel drame mais je ne peux toutefois m'empêcher de penser que le timing de cette écriture n'est pas anodin.

La fin réserve plusieurs surprises et je ne peux que vous encourager à vous plonger dans ce roman.