Zeniter

Editeur : Flammarion (16 août 2017)

Nombre de pages : 336

Quatrième de couverture :

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ? Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu'elle ait pu lui demander pourquoi l'Histoire avait fait de lui un "harki". Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l'été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l'Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l'Algérie, des générations successives d'une famille prisonnière d'un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d'être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.

Ce que j'en ai pensé...

Décidément, l'année 2018 démarre magnifiquement côté lecture. Après le formidable quatrième tome de la saga d'Elena Ferrante, encore un coup de coeur pour moi que ce roman d'Alice Zeniter. Je comprends maintenant qu'il ait fait l'unanimité parmi les lecteurs et les critiques depuis la rentrée littéraire de septembre et je suis ravie finalement qu'il ait obtenu le Prix Goncourt des Lycéens et non le Prix Goncourt tout court car il s'en vendra ainsi probablement plus et ce serait tant mieux ! Je ne doute pas que le Goncourt de cette année soit également un très bon livre mais il est certainement moins grand public. Je vous en reparlerai bientôt.

Mais revenons à L'art de perdre. Tout le monde devrait lire ce roman car outre l'excellente leçon d'histoire sur un chapitre que l'on ne connaît pas forcément bien, c'est aussi un roman sur l'identité, l'immigration et l'acceptation de l'autre pour ce qu'il est et non d'où il vient - débat brûlant s'il en est un dans nos sociétés occidentales à l'heure actuelle - et une très belle fresque familiale pleine de compassion et de tendresse.

Alice Zeniter explore les difficiles relations franco-algériennes sans prendre partie, toute en retenue et pourtant sans se cacher derrière des clichés. J'ai personnellement beaucoup appris grâce à ce roman, qui m'a éclairée sur un certain nombre de points, en particulier sur les rôles des différents acteurs ayant mené à l'indépendance algérienne. En ce qui concerne les harkis, je n'étais pas sans savoir que leur sort avait été particulièrement difficile mais de nombreux détails m'ont laissée bouche bée. A travers les trois générations que l'on suit tour à tour dans le roman, le grand-père Ali, le père Hamid et la petite-fille Naïma, on mesure l'incommensurable douleur qu'a été la perte de la terre d'origine pour cette famille et leurs semblables et l'incroyable difficulté à trouver leur place dans la société française, même trois générations après. J'aimerais tellement que ce livre devienne une lecture obligatoire dans nos écoles pour que nos enfants comprennent ce qui peut mener à l'immigration et le drame qu'elle est toujours quand elle est subie et aussi pour que nos futurs journalistes, politiciens et autres preneurs de décisions cessent de parler de la "communauté musulmane" comme d'un grand sac dans lequel on fourre toutes les personnes ayant de près ou de loin une origine nord-africaine. 

Je ne veux pas en dire trop car je pourrais parler pendant des heures de ce roman et j'ai juré, promis, craché que ce blog ne serait pas un de ces blogs bavards qui dévoilent tellement de détails sur les livres que que vous n'avez ensuite plus envie de les lire ! Ceci dit, si vous ne devez lire qu'un roman français paru en 2017, c'est celui-ci. Indubitablement.

Petit bonus pour celles et ceux qui ne sont pas abonnés à mon compte Instagram gone.with.the.book, je  publie ici aussi les photos que j'ai prises récemment à Jouques (Bouches-du-Rhône) à l'entrée du camp du Logis d'Anne évoqué dans les pages suivantes et où est désormais érigé un monument en souvenir des harkis, qui y ont "vécu" (si on peut appeler vivre les conditions dans lesquelles ils y étaient installés). L'auteur trouve ce monument d'une esthétique douteuse... je vous laisse juge mais je ne suis pas loin de penser comme elle !

 

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Pour finir, un petit détail, qui m'a intriguée quand l'auteur décrit les conditions de vie très rudes dans le camp de Rivesaltes, où les protagonistes sont envoyés avant d'aller à Jouques. Elle mentionne à un moment que pour se protéger du froid en hiver, ils utilisent des sacs poubelles dépliés. Les sacs poubelles existaient-ils déjà en 62/63? Je suis née en 64 et je n'ai pas le souvenir que nous ayons toujours eu des sacs poubelles. J'ai le souvenir de papier journal au fond de la poubelle et de poubelles qu'il fallait régulièrement nettoyer - pas moi, certes, mais quand même ! J'en appelle à vos souvenirs et d'ailleurs sacs poubelles ou sacs poubelle ? S'il y a un trait d'union, sacs-poubelles mais s'il n'y en a pas ? Je ne doute pas que ma tante adorée me contactera à ce sujet ! Elle se reconnaîtra ! Désolée, je suis "chercheuse de petites bêtes" !

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