Rash

Editeur : Ecco (6 septembre 2016)

Titre français : Par le vent pleuré - Editeur Le Seuil - Collection Cadre Vert (17 août 2017)

Nombre de pages : 272

Quatrième de couverture de l'édition française :

Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d'ossements, ayant appartenu à une jeune femme. Elle s'appelait Ligeia, et personne n'avait plus entendu parler d'elle depuis un demi-siècle.

1969 : le summer of love. Ligeia débarque de Floride avec l'insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. C'est l'époque des communautés hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead. Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d'un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et emporter dans le tourbillon des tentations. Le temps d'une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu'elle était apparue.

À son macabre retour, les deux frères vont devoir rendre des comptes au fantôme de leur passé, et à leur propre conscience, rejouant sur fond de paysages grandioses l'éternelle confrontation d'Abel et de Caïn.

Ce que j'en ai pensé...

Quand j’ai lu Ron Rash pour la première fois, grâce au papa d'une très chère amie que je ne remercierai jamais assez pour cette découverte, il était à peu près inconnu en France et même aux États-Unis, il était encore considéré comme un auteur local. Depuis, il est devenu un des grands noms de la littérature américaine et chaque nouvelle lecture est un émerveillement pour moi. Je vous invite à lire ou relire mes chroniques concernant Serena, Le monde à l'endroit, Burning Bright et Une terre d'ombre.

Ron Rash est originaire de Caroline du Sud mais la plupart de ses romans se passent dans l’Ouest de la Caroline du Nord, au cœur des Appalaches, où il réside désormais et qui sont devenues un « home away from home» pour moi à l’adolescence. J’y ai plus tard vécu dix ans.

Alors évidemment, je connais bien les lieux que décrit Ron Rash. Dans The Risen, je les connais même comme ma poche. Il parle de Sylva, petite ville proche de Western Carolina University où enseigne Ron Rash et où je suis souvent allée pour mon boulot, de Waynesville, autre petite ville près de laquelle je travaillais, et enfin d’Asheville, où j’habitais. Il mentionne la librairie Malaprop's, une des librairies indépendantes les plus géniales qui soit dans cette partie des États-Unis et où j’ai passé des heures. Les deux frères font leurs études à Wake Forest plus à l’est, où a enseigné l’une de mes meilleures amies. Bref, vous l'aurez compris, les lieux me sont très familiers et cela rend donc la lecture très spéciale pour moi.

Et puis, dans The Risen, il fait référence à Thomas Wolfe, grandissime écrivain américain trop méconnu en Europe et n’ayant pourtant rien à envier à Steinbeck, Hemingway, Faulkner et compagnie; Thomas Wolfe, dont la maison natale est un des lieux d’attraction principaux à Asheville. Le choix du prénom du second frère dans ce roman n’est d’ailleurs pas innocent. Le personnage principal de Look Homeward, Angel (L’ange exilé), l’œuvre majeure de Wolfe, s’appelle lui aussi Eugene. Faire connaître Thomas Wolfe est une quête continuelle pour moi car je trouve tellement injuste qu'il ne soit pas passé à la postérité comme ses célèbres pairs. J'ai visité sa maison natale pour la première fois en 1980 et depuis, j'y suis retournée un nombre incalculable de fois. J'ai lu Look Homeward, Angel plusieurs fois et à chaque fois, c'était une redécouverte car mon anglais avait progressé et j'étais beaucoup plus à même de l'apprécier.

Mais revenons à Ron Rash, qui sait à merveille capturer l’âme des Appalaches et de leur population à la culture si distincte. Ron Rash tord le cou aux clichés qui consiste à penser que tous les Américains se ressemblent. Après tant d’années, je me sens profondément « Carolinian » et croyez-moi, tout comme Bill et Eugene dans le roman, je ne me sens pas grand chose en commun avec les Floridiens qui déboulent chaque été dans nos belles montagnes de Caroline du Nord ! En Europe, on a tendance à mettre tous les Américains dans le même sac et c'est une grave erreur. Il y a de nombreuses populations différentes aux mentalités radicalement différentes. Pas grand chose à voir entre un Sudiste et un "Yankee" et même dans le Vieux Sud, pas grand chose à voir entre un habitant des Appalaches et un qui viendrait du fin fond de l'Alabama ou du Mississippi. Comprendre cela, c'est aussi comprendre comment Trump a pu être élu...

The Risen est un roman à la fois sur l'adolescence et ses tourments, la rivalité entre frères et soeurs, l'importance des valeurs familiales, les Appalaches et l'Amérique chamboulée des années 60. Je dois préciser que ce roman, contrairement aux précédents que j'ai lu de Rash, a dû se révéler plus simple à traduire car les personnages principaux provenant d'une famille éduquée, ils n'emploient pas le langage familier de la classe populaire des Appalaches, langage qui, traduit, n'a plus grand sens. Si vous faites partie de ces gens, que Ron Rash a pu précédemment décevoir car ses dialogues manquaient de naturel en français - en vérité, ils en regorgeaient en anglais ! -, refaites un essai avec ce dernier roman.  

Une fois encore, je ne suis pas déçue par la lecture de Ron Rash et je vous en reparlerai, c'est sûr...