Korsakov

 

Prix Nice Baie des Anges 2005

Editeur : Gallimard - Collection Blanche (20 août 2004)

Nombre de pages : 475

Quatrième de couverture : 

 

Moi, François Signorelli, docteur à Palerme, je me souviens de tout. Du vrai et du faux. De plus de gens et d'histoires que je n'en ai connu. Mille ans d'incertitude, tel est mon âge : ma mémoire prolifère et s'invente à mesure qu'elle se détruit, c'est un trouble neurologique désigné comme le syndrome de Korsakov. Je le sais, j'en suis un des spécialistes.

Korsakov est mon mal intime, je le tutoie. Il me ronge et me délivre en même temps. D'abord, d'un passé noir comme l'abandon. D'une enfance triste à Bordeaux dans les années soixante, de l'absence d'un père de sang. De la folie de toute une famille où ma mère n'a pu tenir debout que par l'amour de Marcel Signorelli.

Lui nous a donné son nom, celui de son propre père, Fosco, le cavalier magnifique du désert tunisien, dont les récits m'ont fait voler dans la lumière. Un coup de soleil pour la vie, que souhaiter de mieux quand celle-ci se dérobe ?

Me voici enfant et ancêtre, par la grâce de Korsakov

Ce que j'en ai pensé...

Au hasard de mes recherches concernant les lauréats du Prix Nice Baie des Anges, je suis tombée sur ce titre, qui a attiré mon attention car j'aime beaucoup Eric Fottorino, en tant que journaliste. Je me dois d'être honnête, je ne savais pas qu'il écrivait aussi des romans et pourtant, il en a déjà écrit un grand nombre... autant pour moi ! Voilà au moins une lacune comblée. Ce roman a été un grand, grand coup de coeur et je doute pas que je lirai d'autres ouvrages de cet écrivain.

Le roman commence avec ce paragraphe:

Le syndrome de Korsakov est constitué par une amnésie de fixation des souvenirs, compensée par un mélange de fabulations et de faux souvenirs. Le malade souffre d'un état de confusion. Il présente un déficit de l'attention, une désorientation dans l'espace et dans le temps. Les troubles peuvent prendre des formes graves, à évolution rapide et mortelle. (Données encyclopédiques)

Et ensuite, pendant les 172 premières pages, on se demande pourquoi ce titre et pourquoi ce préambule et puis tout s'éclaircit ! Apparemment, l'histoire est très inspirée de l'enfance de Fottorino comme, semble-t-il, beaucoup de ses écrits mais le roman se taille aussi la part belle dans ce livre. La première partie nous relate l'enfance du narrateur né d'un père juif marocain, qui ne l'a pas reconnu, et d'une mère à peine sortie de l'adolescence et issue d'une famille de farfelus complets. La mère et l'enfant finiront par sortir d'une situation précaire grâce à l'amour d'un brave homme qui leur donnera un nom et une famille. La deuxième partie nous présente l'homme adulte et ses tourments et la troisième nous transporte en Tunisie à la veille de l'indépendance. Ce passage m'a particulièrement intéressée car j'y ai lu des choses, qui m'ont un peu éclairées sur la propre histoire familiale de mon compagnon, qui, elle aussi, passe par la Tunisie. Je ne souhaite pas trop en dire sur l'enchaînement des différentes parties du bouquin car ce serait vous gâcher le plaisir si vous décidez de le lire.

J'avoue avoir un tout petit peiné avec les premières pages de ce roman alors que l'on découvre un à un les différents personnages qui accompagnent son enfance et que l'on se demande dans quelle histoire déjantée on est lancé mais une fois rentrée dans l'histoire, je ne l'ai plus lâché. Bien qu'écrit par un journaliste, ce roman est un vrai objet littéraire avec un style très particulier, très fouillé, souvent drôle, qui donne une véritable identité au résultat final. J'ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé cette lecture et à l'occasion, je lirai d'autres choses de Fottorino.