Soldati

 Editeur : Sellerio editore Palermo (26 juin 2008)

Pas traduit en français

Nombre de pages : 153

Résumé :

Mario Soldati va à la Coupe du Monde de 1982 presque par hasard. C'est l'idée d'Alberto Cavallari, à l'époque directeur du Corriere della Sera. "Il m'avait dit que je devais - chose très nouvelle pour moi - écrire un article par jour pendant toute la durée de mon reportage". Soldati se retrouve ainsi à 75 ans dans un rôle inédit de correspondant sportif. C'est un mois inoubliable pour lui et les lecteurs du quotidien. Il part en toute discrétion, il n'est pas du genre à s'émouvoir pour une équipe de football. Sa première rencontre est avec Bearzot, l'entraîneur, qui lui paraît honnête, sérieux, un fonctionnaire un peu sévère au style mitteleuropa, un personnage digne de Joseph Roth, écrit-t-il. Mais Soldati ne met pas longtemps à se découvrir l'âme d'un "tifoso"* et ce dès le premier match, "je n'aurais jamais cru pouvoir souffrir ainsi pour notre équipe nationale", dit-il après le 0 à 0 d'Italie - Pologne. La veille, il est allé rendre visite aux joueurs polonais dans leur lieu de retraite, il les a vus tendus, préoccupés, et il s'en est ému au point de presque souhaiter leur victoire. Mais une fois sur le terrain, tout change, tout état d'âme disparaît : Soldati se met à suivre les manoeuvres fourbes des azzurri, à pester pour que la chance aide le ballon à rentrer dans le but, à hurler de colère. De commentateur à l'attitude détaché, il se transforme en expert, il se fâche quand Paolo Rossi monopolise le ballon, il est prêt à servir d'entraîneur s'il le faut.

Ce que j'en ai pensé...

En 2014, en pleine Coupe du Monde au Brésil, je suis allée quelques jours en Italie et en parcourant les étals d'une librairie à Vérone, je suis tombée sur ce petit bouquin, que, de toute évidence, l'éditeur remettait en valeur, Coupe du Monde oblige. Aimant le travail de Mario Soldati (1906 - 1999), écrivain-journaliste-cinéaste-et j'en passe très influent en Italie pendant des décennies, et le football aussi, ce livre m'avait fait envie. Depuis, il attendait gentiment son tour sur mes étagères...

Quatre ans plus tard, la Coupe du Monde en Russie m'a semblé être le bon moment pour enfin le dégainer ! Et bien m'en a pris ! J'ai passé un moment formidable avec ces chroniques de Soldati écrites pendant la Coupe du Monde 1982 remportée par l'Italie et j'ai rajeuni de 36 ans comme par magie ! Voir tous ces noms du passé ressurgir m'a enchantée : Bearzot, Zoff, Rossi, Cabrini, Tardelli, Gentile, Antognoni, Boniek, Platini, Tigana, Battiston, etc. Pourquoi ? Parce que cette Coupe du Monde a une saveur très particulière pour moi et je m'en vais vous conter pourquoi.

En 1978, Coupe du Monde en Argentine, j'ai 14 ans, je m'intéresse déjà un peu au football - plus jeune, je suis allée plusieurs fois à Reims avec mon oncle ou mon grand-père pour voir jouer le Stade de Reims et surtout j'assiste régulièrement aux rencontres opposant notre petit village champenois à d'autres villages de la vallée, rencontres auxquelles participe mon footeux d'oncle -, je regarde les matches avec mon grand-père et parfois mon oncle et je tombe folle amoureuse d'un joueur italien, Roberto Bettega. Avec l'aide de mon père, qui baragouinait l'italien pour son travail, je lui écris une lettre pour lui faire part de mon admiration et tenter d'obtenir une photo dédicacée... Le monsieur ne répondra jamais ! Mais pas grave et surtout trop tard, j'étais dingue de lui. À l'époque, il jouait à la Juventus de Turin et ni une ni deux, cela devint instantanément mon club de coeur. 

Quatre ans plus tard, en Espagne, l'équipe italienne est principalement composée de joueurs de la Juve. Bettega ne joue plus car il a alors les genoux carrés mais qu'à cela ne tienne, mes yeux brillent désormais d'amour pour Antonio Cabrini, un bellâtre comme seule l'Italie en produit ! Au début de la compétition, je ne m'intéresse qu'à l'équipe italienne et souffre, tout comme Mario Soldati, de leur parcours chaotique pour parvenir en demi-finale. Seulement voilà, en demi-finale, il y a aussi la France de Michel Platini, qui justement s'apprête à partir jouer à la Juve et qui commence, lui aussi, à faire briller mes yeux ! Bon d'accord, j'étais un peu girouette, je l'avoue mais j'avais 18 ans, ne l'oublions pas ! Entre les deux, mon coeur balance. Une finale Italie - France serait un drame personnel absolu !

Celles et ceux, qui s'intéressent un tant soit peu au football et qui ont l'âge de s'en souvenir, se souviendront sans doute que la demi-finale Allemagne -France fut un véritable drame. La France mena 3 - 1 pour être finalement rattrapée et battue et surtout, ce match fut l'objet d'une des plus grandes injustices jamais vue sur un terrain de football : l'attaque vicieuse du gardien de but allemand, Harald Schumacher, qui expédia notre Patrick Battiston national à l'hôpital avec une commotion cérébrale et trois dents de moins. Il n'y eut ni carton rouge, ni pénalty ! Incroyable ! Trente-six ans après, j'enrage encore !

La France étant éliminée, plus d'état d'âme ! J'étais à fond derrière l'Italie. Mon père, qui portait l'Italie dans son coeur, me promit un voyage là-bas si l'Italie gagnait - promesse qui fut tenue ! -. Je n'oublierai jamais cette finale incroyable. À la maison, c'était compliqué car ce jour-là, il y avait aussi l'ex-compagnon de ma soeur, allemand, qui supportait l'Allemagne évidemment. À la fin du match, ma mère, désolée de sa mine défaite alors que mon père et moi étions au septième ciel, lui avait fait remarquer le bonheur communicatif du vieux président italien, Sandro Pertini, qui était complètement sorti de sa réserve diplomatique vis-à-vis du Chancellier allemand, Helmut Schmidt, en sautant de joie ou presque (il avait alors 85 ans !) dans la tribune officielle. "Il est vieux" lui avait-elle dit "il ne reverra sans doute jamais cela alors qu'Helmut Schmidt le pourra, lui" !

Quelques semaines plus tard, je partai en Espagne suivre un cours d'été. J'y rencontrai un Italien, ressemblant un peu à Platini, dont je tombais folle amoureuse et qui allait me faire tourner en bourrique pendant près de deux ans. Trois mois après avoir rompu avec lui, je rencontrai un autre Italien, un Piémontais, avec qui j'allai vivre ma plus belle histoire et grâce auquel j'allai vivre pendant quelques années dans la province de Turin, à deux pas de ma Juve adorée !

Et voilà pourquoi la lecture de ce petit bouquin m'a  fait l'effet d'une pilule rajeunissante ! Je pense qu'aucun de mes lecteurs de ce blog ne lira ce livre mais il m'aura donné l'occasion de vous raconter cette histoire !