Seigle

Editeur : Flammarion (8 janvier 2012) - J'ai Lu (11 mai 2013)

Nombre de pages : 250

Quatrième de  couverture : 

«Peut-être pleuraient-ils tout ce qu'ils n'avaient pas pleuré dans leur vie, c'était le châtiment des hommes forts.»

9 juillet 1961. Albert Chassaing est ouvrier chez Michelin la nuit et paysan le jour. Il vit avec sa femme Suzanne et son fils cadet, passionné par les livres, dans un petit village d'Auvergne. Ce jour-là, la télévision fait son entrée dans leur maison pour y voir le fils aîné Henri, soldat en Algérie, interviewé dans un reportage sur la guerre. Pour Albert, c'est le monde qui bascule. Réussira-t-il à trouver sa place dans ce monde où tout change ?

Ce que j'en ai pensé...

Depuis sa sortie, ce roman me faisait envie mais comme tant d'autres il avait dû attendre ! Enfin, son tour est venu et quelle magnifique lecture ce fut. Il est vraiment des romans, dont on ressort un peu sonnés et plus tout à fait les mêmes, et c'est le cas pour celui-ci, sans doute parce que les états d'âme de ce paysan, qui ne l'est plus complètement car la modernité a changé la donne, m'a touché droit au coeur. Petite-fille d'agriculteur, le sort des campagnes et de leurs habitants m'intéresse forcément. Dans cet Albert, il y a un peu de mon grand-père, un peu de mon oncle; dans sa famille, un peu de la mienne même si les histoires et les circonstances sont fort différentes. J'ai eu l'impression que des fantômes venaient me tirer par les pieds.

L'analyse très fine des personnages et les observations tout en détails de Jean-Luc Seigle nous obligent à nous retourner sur le passé et à nous poser des questions sur la vitesse à laquelle notre société a changé  à partir des années soixante et sur les effets collatéraux que ces changements ont eu sur la population dans son ensemble. Il y a beaucoup de thèmes abordés dans ce livre - l'altération des campagnes, l'entrée de la modernité dans nos maisons, la condition féminine, la guerre - mais tout est lié et on ne peut ressortir de cette lecture que profondément ému par le destin d'Albert. Et puis, comment ne pas s'émouvoir aussi devant Gilles, son fils d'une dizaine d'années, lecteur assidu, qui, au cours de l'histoire, va découvrir le pouvoir qu'a la littérature de nous faire comprendre le monde et trouver les réponses aux questions que l'on se pose ? Ce gosse m'a donné envie de relire Eugénie Grandet, vaguement lu dans ma jeunesse.

Pour finir, j'ai adoré et d'ailleurs relu plusieurs fois les dernières pages consacrées à la ligne Maginot, une leçon d'histoire fort utile en ce qui me concernait, qui, là encore, m'a obligée à revoir le cours de la Seconde Guerre Mondiale avec un autre oeil.

Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer cette lecture avec les romans de Marie-Hélène Lafon, qui, elle aussi, parle si bien du monde agricole, dont elle est issue, et de ses maux.

Je pourrais vous en dire beaucoup plus sur cette lecture, qui m'a vraiment bouleversée mais comme d'habitude, je ne veux pas trop en dire. En vieillissant les hommes pleurent est un roman à multiples facettes et je ne veux pas vous en gâcher le plaisir de la découverte. J'espère toutefois que ces quelques lignes vous auront donné envie de le lire.