Auster

Editeur : Faber and Faber (1987)

Titre français : Trilogie new-yorkaise (6 septembre 2017)

Nombre de pages : 314

De toutes les qualités qui ont justifié le succès de la Trilogie new-yorkaise, l'art de la narration est sans doute la plus déterminante. C'est qu'il suffit de s'embarquer dans la première phrase d'un de ces trois romans pour être emporté dans les péripéties de l'action et étourdi jusqu'au vertige par les tribulations des personnages. Très vite pourtant, le thriller prend une allure de quête métaphysique et la ville, illimitée, insaisissable, devient un gigantesque échiquier où Auster dispose ses pions pour mieux nous parler de dépossession.

Ce que j'en ai pensé...

Enfin ! J'ai enfin lu Paul Auster. J'ai presque honte d'avouer que je ne l'avais pas encore fait mais c'est chose faite et je ne suis pas déçue par l'univers pour le moins étrange de cet écrivain. Quand je suis rentrée en France en 2002 après 10 ans passés aux Etats-Unis, je n'avais jamais entendu parler de Paul Auster. À ma décharge, il n'est pas si connu que cela aux Etats-Unis. Il est surtout l'objet d'admiration au sein du microcosme intello de la Côte Est, à mille lieux de l'ambiance dans laquelle j'ai vécu là-bas. La première personne, qui m'en a parlé en France, était une personne assez torturée et du coup, j'avais un peu associé Auster à cette personne et je l'ai évité pendant longtemps. Finalement, c'est François Busnel, à l'occasion d'une interview dans La Grande Librairie ainsi que d'un long entretien dans la revue America pour la sortie de son dernier roman en France 4 3 2 1, qui m'a convaincue de le lire. Merci Monsieur Busnel !

Au départ, il s'agit des trois premiers romans de Paul Auster (si l'on exclut un tout premier en 1984 paru sous le nom de Paul Benjamin): City of Glass (Cité de Verre), Ghosts (Revenants) et The Locked Room (La Chambre dérobée), qui furent ensuite regroupés sous ce nom de Trilogie new-yorkaise.

Dans City of Glass, le personnage principal, Quinn, écrivain de série policière au passé douloureux, accepte d'être pris par erreur pour un détective du nom de Paul Auster. Sa cliente lui demande d'enquêter sur Peter Stillman, un universitaire religieux extrémiste qui vient de sortir de prison et qui a l'ambition d'assassiner son propre fils qu'il a torturé durant toute son enfance. L'écrivain découvrira bientôt que cet ancien professeur tente d'inventer un nouveau langage pour sauver le monde de l'incompréhension ambiante. (Source : Wikipedia)

Dans Ghosts, Le roman débute par une filature dans les rues de New York, qui se transforme très vite en quête d'identité. Les personnages n'ont pas de nom : le narrateur les nomme Bleu, Noir et Blanc. Le détective privé, Bleu, payé par Blanc, doit suivre Noir, qui ne fait rien de ses journées. La surveillance dure des années. Bleu envoie un rapport hebdomadaire à Blanc. Mais peu à peu, devant l'ennui et la déréliction, Bleu veut se confronter à Noir pour connaître les raisons cette affaire. (Source : Wikipedia)

Et finalement dans The Locked Room, Fanshawe disparaît. Il laisse derrière lui sa femme Sophie, son fils Ben, et des manuscrits qu'il a confiés à un ami d'enfance, le narrateur. Celui-ci prend alors possession de la vie de Fanshawe : il publie les manuscrits, qui connaîtront le succès, il épouse Sophie et adopte Ben. (Source : Wikipedia)

À leur sortie, ces romans ont laissé la critique américaine perplexe car elle ne savait pas dans quel genre les ranger et effectivement, vous en parler n'est pas simple. On a parlé de mélange entre polar et nouveau roman (bof !), on a parlé de post-modernisme (allez savoir ce que cela veut vraiment dire !), que sais-je encore ? Moi, ce que j'ai constaté, c'est que l'on est happé dès la première phrase dans un univers à la fois très réel et totalement surréel, qui m'a un peu rappelé celui de Kafka, lu il y a bien longtemps, et que l'on assiste à chaque fois à la descente aux enfers d'un être qui a à priori une vie parfaitement normale et se retrouve par hasard dans la situation de devoir faire un travail de détective, qui va le ronger petit à petit.

Il est beaucoup question d'identité et de liberté dans ces romans mais c'est aussi une critique assez féroce d'une certaine Amérique, en tous les cas d'un certain New York dans les années 1980 (avant les mandats de maire de Rudolph Giuliani et Michael Bloomberg, qui ont chacun à leur façon redonné un autre visage à cette ville). C'est à cette époque-là que je suis allée à New York pour la première fois et j'y ai reconnu un certain nombre de travers que j'avais pu alors observer. Finalement, peu importe l'étiquette que l'on met sur ces romans, c'est de la grande, très grande littérature américaine et j'ai vraiment hâte de relire Paul Auster. Ma prochaine lecture sera son dernier opus 4 3 2 1, c'est sûr, mais au-delà de cela, j'accueille vos suggestions si vous en avez.