Loridan-Ivens

Editeur : Grasset (4 février 2015) 

Nombre de pages : 112

Quatrième de couverture :    

« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Ce que j'en ai pensé...

Quand j'ai lu ce court récit, Marceline Loridan-Ivens était encore parmi nous. Elle nous a quitté le 18 septembre dernier mais grâce à ce récit et probablement également grâce au suivant L'amour après, également publié chez Grasset il y a quelques mois mais que je n'ai pas encore lu, elle ne nous quittera jamais vraiment. Elle était, tout comme son amie Simone Veil, rescapée des camps de concentration et ce témoignage est l'un des plus forts qu'il m'ait jamais été donné de lire à ce sujet. Il ne m'a pas juste émue, j'ai carrément pleuré à chaudes larmes en le lisant.

Son intérêt principal est de nous raconter, au-delà de l'horreur des camps, la difficulté de reprendre le cours de sa vie après un tel traumatisme face à l'incompréhension d'un entourage, qui veut juste tourner la page et estime que puisque l'on est vivant, tout va bien. Mais comment peut-on jamais aller bien après avoir vécu une telle horreur ? À lire et à faire lire, surtout à celles et ceux qui ont la mémoire courte ou qui, tout simplement, ignorent l'histoire.

Au fil des pages, elle mentionne ici et là son amie Simone Veil et elle mentionne à un moment une anecdote, qui m'a profondément émue alors que la France pleure encore la perte de cette immense dame. Marceline raconte, que de toute sa vie, même après qu'elle fut devenue ministre et célèbre,  Simone n'a jamais pu s'empêcher de voler les petites cuillères là où elle passait, un réflexe jamais évacué datant des camps, où posséder une cuillère était précieux pour ne pas avoir à laper les infâmes mixtures qu'on leur servait et garder un semblant de dignité face à leurs bourreaux qui souhaitaient les réduire à l'état d'animaux sauvages.