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 Editeur : Actes Sud (22 août 2018)

Nombre de pages : 218

Quatrième de couverture : 

Par une soirée d'août, Antonia, flânant sur le port de Calvi après un samedi passé à immortaliser les festivités d'un mariage sous l'objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan,jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures d'ardente conversation, la jeune femme, bien qu'épuisée, décide de rejoindre le sud de l'île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin : elle est tuée sur le coup.

L'office funèbre de la défunte sera célébré par un prêtre qui n'est autre que son oncle et parrain, lequel, pour faire rempart à son infinie tristesse, s'est promis de s'en tenir strictement aux règles édictées par la liturgie. Mais, dans la fournaise de la petite église, les images déferlent de toutes les mémoires, reconstituant la trajectoire de l'adolescente qui s'est rêvée en photographe, de la jeune fille qui, au milieu des années 1980, s'est jetée dans les bras d'un trop séduisant militant nationaliste avant de se résoudre à travailler pour un quotidien local où le "reportage photographique" ne semblait obéir à d'autres fins que celles de perpétuer une collectivité insulaire mise à mal par les luttes sanglantes entre clans nationalistes. 

C'est lasse de cette vie qu'Antonia, succombant à la tentation de s'inventer une vocation, décide, en 1991, de partir pour l'ex-Yougoslavie, attirée, comme tant d'autres avant elle, dans le champ magnétique de la guerre, cet irreprésentable.

De l'échec de l'individu à l'examen douloureux des apories de toute représentation, Jérôme Ferrari explore, avec ce roman bouleversant d'humanité, les liens ambigus qu'entretiennent l'image, la photographie, le réel et la mort. 

Ce que j'en ai pensé...

Quel bonheur de retrouver la plume de Jérôme Ferrari ! Je l'avais découvert avec le prix Goncourt 2012, Le Sermon sur la chute de Rome, que j'avais énormément apprécié. Il m'est cependant difficile de parler de ce livre que j'ai pourtant beaucoup, beaucoup aimé. Son genre est assez indéfinissable mais c'est un très beau texte au coeur duquel vit la Corse de mes souvenirs de jeunesse et qui nous propose une très pertinente réflexion sur le pouvoir et l'éventuelle futilité de l'image. 

J'ai eu la chance de passer une année en Corse il y a une trentaine d'années et d'y côtoyer des locaux avec lesquels j'avais vécu des expériences assez uniques et appris à comprendre les insulaires et leurs revendications politiques, culturelles et linguistiques. Des choses que le touriste lambda qui se contente de se prélasser sur les plages ou même de crapahuter sur le GR20 ne peut pas capter. L'âme corse est complexe et va bien au-delà des simples observations que l'on peut faire quand on se rend sur l'île. Une petite part de cette âme corse m'accompagne toujours plus de trente ans plus tard et je la retrouve intacte dans les romans de Jérôme Ferrari. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles j'ai aimé ce roman tout autant que Le Sermon sur la chute de Rome

Au-delà de cette appréciation très personnelle, ce roman nous donne l'occasion de nous poser tout un tas de questions très intéressantes sur le pouvoir de l'image à l'heure où celle-ci est régulièrement détournée et violée, en particulier sur les réseaux sociaux. Quel est le devoir de mémoire de l'image ?  Est-elle nécessaire ? Doit-on, peut-on tout montrer ? Ne doit-on montrer que le beau ? Et d'ailleurs qu'est-ce que le beau ? Bref, vous l'aurez compris, il s'agit là d'une lecture qui incite à la réflexion tout en nous proposant l'attachant portrait d'Antonia. 

Je ne résiste pas au malin plaisir de partager la dédicace de l’auteur, que j’ai pu rencontrer aux Correspondances de Manosque en septembre dernier et qui devait être un peu fatigué ce jour-là... 

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