Gone With The Book...

Stayin' Alive - Christian Moguerou (2018)

stayin' alive

 Editeur : Erick Bonnier (14 juin 2018)

Nombre de pages : 181

Quatrième de couverture : 

Robin est né le 13 décembre 1977, mais il ne le savait pas.... Il a fallu qu'il meure pour le comprendre et pour, de façon improbable, rester vivant.
Stayin' Alive est un roman épique, tachycardant, une plongée dans les années disco au rythme des Bee Gees, une histoire presque vraie que personne n'oserait croire.
Et vous, êtes-vous prêts à danser ?

Ce que j'en ai pensé...

Voilà une lecture que je n'avais pas à priori envisagé de faire et puis, l'éditeur m'a proposé de m'envoyer le bouquin en service presse et à la lecture du titre, je me suis dit: "Pourquoi pas ?" Vu mon âge, Stayin' Alive, ça me parlait forcément !

J'avais 13 ans quand la vague de La fièvre du samedi soir a déferlé sur la France. Je crois me souvenir que c'était le premier film que ma mère me laissait aller voir au ciné avec des copines. Et comme tout le monde, j'ai ensuite voulu la BO que j'ai écouté jusqu'à en user le vinyl !  Alors un roman, qui faisait référence à ce titre mythique des Bee Gees me donnait évidemment envie de le lire.

Résultat des courses : c'est à la fois un coup de coeur et un coup de gueule ! Je m'explique. En feuilletant les toutes premières pages à la réception de ce livre, je m'étais dit "ouh là là". D'abord, le tout premier chapitre commençait avec une phrase qui, à mon sens, était assez mal tournée et contenait un accord de participe passé un peu douteux. Comme on ne se refait pas, je trouvais que cela partait mal. Et puis j'ai décidé d'aller au-delà de mes préjugés et j'ai finalement découvert un texte plutôt bien écrit et à ma grande surprise, cette histoire de jeune type qui meurt et nous parle depuis son coma, puis de son cercueil et de sa tombe s'est plus que laissé lire.

Par contre, tout en remerciant l'éditeur pour son envoi, je souhaiterais lui tirer les oreilles ! Je suis prête à soutenir les petits éditeurs mais encore faut-il qu'ils fassent leur métier sérieusement. J'ai quand même trouvé trois "ou" à la place de "où" (on peut blâmer la typographie mais jusqu'à un certain point !), une curieuse référence à une glace avec teint (personnellement, je connais la glace sans tain mais la glace avec teint ?) et de nombreuses errances quant à la ponctuation. Mais plus que tout, le roman donne parfois l'impression d'être une ébauche. Certains passages auraient dû être coupés, ils ne servent à rien; d'autres auraient mérité une restructuration. Bref, l'éditeur aurait dû faire son boulot !

L'ironie du sort est que dans le roman, on apprend que la mère du narrateur a débuté sa carrière comme correctrice dans une grande maison d'édition ! Et page 120, ce passage, qui m'a quand même bien fait rire, vu ce que qui précède :

"Peter se replongea aussitôt dans la lecture des épreuves de son manuscrit faisant mine de s'emporter à chaque faute non corrigée qu'il découvrait, lui qui plaçait l'orthographe bien au-dessus de la beauté des femmes."

Souhaitant tout de même bon vent à ce livre, je signale trois passages que j'ai particulièrement aimé, un sur les vertus du slow (p 118 à p 120) et un autre de toute beauté sur Naples (p 170 à p 174). Ils arrivent l'un comme l'autre un peu comme des cheveux sur la soupe dans le déroulé de cette histoire quelque peu décousue mais ils valent cependant le coup d'être lus. En voici deux courts extraits:

"Le slow osait tout, il distillait de la jalousie, de la contrariété, il attisait l'audace, l'envie d'entreprendre, il était le préambule de l'amour, la folle évasion de notre belle jeunesse."  Soupir... si seulement je pouvais avoir de nouveau 18 ans !

"Des clichés ? Naples en produit des centaines, des milliers. Les Vespa agitées dans de minuscules ruelles, une circulation qui fonctionne à l'infarctus; des draps qui s'égouttent d'une fenêtre l'autre, la drague à l'étalage, les femmes capables d'envoûter tout un carrefour et cette profusion de saveurs, d'odeurs, de chapardeurs, d'artisans, de profiteurs, de petits receleurs, de Fiat 500, de carabinieri beaux parleurs. Naples est une métaphoe, un paradigme du mouvement, une fêtarde qui croit en Dieu mais ose souvent le contredire."

Enfin, un troisième passage que j'ai adoré... Tellement vrai !

 

IMG_0279

 

Quoiqu'il en soit, ce livre m'aura incité à réécouter cette BO magique et à me déhancher quelque peu !

You're stayin' alive, stayin' alive.
Feel the city breakin'
And ev'rybody shakin'
And we're stayin' alive, stayin' alive.

 

 

 

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Est-ce ainsi que les hommes jugent ? - Mathieu Menegaux (2018)

Menegaux

Editeur : Grasset (2 mai 2018)

Nombre de pages : 234

Quatrième de couverture :

Gustavo est à l'aube d'une journée déterminante pour sa carrière. Rien ne va se passer comme prévu. Au petit matin, la police fait irruption à son domicile et le place en garde à vue pour homicide volontaire.

Questionné, bousculé, Gustavo s'effondre, tandis que son épouse, Sophie, s'acharne à réunir des preuves matérielles de son innocence.

Mais est-il encore possible de rétablir la justice dans une société gouvernée par l'émotion, où les réseaux sociaux et le tribunal de l'opinion font désormais la loi ?

Ce que j'en ai pensé...

Autant je n'avais éprouvé aucune empathie pour l'héroïne de Je me suis tue , lu précédemment, autant ce Gustavo en a provoqué chez moi. Une fois encore, Mathieu Menegaux s'attache avec un style direct et sans fioritures à faire plonger dans l'horreur, en quelques heures, un personnage menant une vie parfaitement normale et à nous entraîner dans les arcanes de la machine judiciaire, une machine qui peut détruire le plus innocent des hommes. Cette fois, je n'ai pas pu m'empêcher de penser que cette histoire pourrait vraiment arriver à n'importe qui et l'auteur a réussi à me foutre la trouille. Je me suis même surprise à effacer l'historique de navigation de mon téléphone, bien que n'ayant strictement rien à cacher ou à me reprocher ! Et puis à bien y réfléchir, je crois que je vais désormais garder précieusement TOUS mes tickets de carte bleue, envisager l'achat d'une Alfa Roméo violette et restreindre encore l'accès à ma page Facebook. Celles et ceux qui ont lu ou liront ce roman comprendront !

Je suis ravie de ne pas avoir commencé la lecture des trois romans de Mathieu Menegaux par le premier, Je me suis tue, car je n'aurais pas été plus loin et cela aurait été bien dommage car j'ai vraiment aimé les deux autres, Un fils parfait et celui-ci.

Ci-dessous, un petit souvenir de ma rencontre avec l'auteur au Festival du Livre de Nice en juin dernier, une rencontre fort sympathique, je dois dire, Mathieu Menegaux étant un garçon adorable et plein d'humour, ce qui ne transparaît pas forcément dans ses livres, dont le but principal est de nous mettre mal à l'aise en nous introduisant dans le monde de l'injustice.

Menegaux

 

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Je me suis tue - Mathieu Menegaux (2015)

Menegaux

Editeur : Points (12 janvier 2017)

Nombre de pages : 144

Quatrième de couverture :

Un dîner en ville. Au menu, nourriture bio, affaires et éducation des enfants. Claire s'ennuie et décide de rentrer seule à vélo. Elle ne le sait pas encore mais sa vie vient de basculer. Tour à tour victime puis criminelle, Claire échoue en prison et refuse obstinément de s'expliquer. À la veille de son jugement, elle se décide enfin à sortir de son mutisme… 

Ce que j'en ai pensé...

Après la lecture de Un fils parfait il y a quelque temps, je viens de lire le premier roman de Mathieu Menegaux et tout comme le deuxième, j'ai apprécié le style concis et efficace de l'auteur, qui encore une fois, nous montre comment une vie parfaitement normale peut basculer du jour au lendemain et surtout comment des gens que l'on pense parfaitement normaux se battent finalement avec toutes sortes de démons.

Cependant, autant le personnage principal d' Un fils parfait m'avait émue, je n'ai éprouvé aucune empathie pour cette Claire, qui, à mon sens, raisonne comme un tambour crevé dès le départ de l'histoire. Elle s'enferme ensuite dans une spirale de mensonges qui la mèneront à commettre l'irréparable. Ses décisions sont pour moi parfaitement incompréhensibles. Pourquoi, mais pourquoi choisir le silence quand parler aurait tout évité ? De plus, au coeur de l'histoire, elle évoque son envie de maternité, que, certes, je peux comprendre mais quand elle déclare qu'à 40 ans, sans enfant, elle se sent une demi-femme vivant une vie sans accomplissement, elle m'a vraiment tapé sur le système ! J'ai moi-même pris la décision finale à 40 ans de ne pas avoir d'enfant et franchement, je ne me suis pas sentie diminuée aux yeux de la société pour autant.

J'ai échangé avec un certain nombre de lectrices sur Instagram à propos de ce livre et la plupart disait avoir pris une claque dans la figure avec ce livre et éprouver beaucoup d'empathie pour ce personnage féminin. Personnellement, la claque, j'ai eu envie de la coller à Claire du début à la fin !

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Eleanor Oliphant is completely fine - Gail Honeyman (2017)

Honeyman

Editeur : Pamela Doorman Books (9 mai 2017) - Mass Market Paperback - Penguin Books (5 juin 2018)

Titre français : Eleanor Oliphant va très bien - Fleuve Editions (28 sept. 2017) - 10 / 18 (20 sept. 2018)

Nombre de pages : 336

Quatrième de couverture de l'édition française :

Eleanor Oliphant est un peu spéciale.  Dotée d'une culture générale supérieure à la moyenne, peu soucieuse des bonnes manières et du vernis social, elle dit les choses telles qu'elle les pense, sans fard, sans ambages.
Fidèle à sa devise " Mieux vaut être seule que mal accompagnée ", Eleanor évite ses semblables et préfère passer ses samedis soir en compagnie d'une bouteille de vodka.  Rien ne manque à sa vie minutieusement réglée et rythmée par ses conversations téléphoniques hebdomadaires avec " maman ".  Mais tout change le jour où elle s'éprend du chanteur d'un groupe de rock à la mode.  Décidée à conquérir de l'objet de son désir, Eleanor se lance dans un véritable marathon de transformations. Sur son chemin, elle croise aussi Raymond, un collègue qui sous des airs négligés, va lui faire repousser ses limites.  Car en naviguant sur les eaux tumultueuses de son obsession amoureuse et de sa relation à distance avec " maman ", Eleanor découvre que, parfois, même une entité autosuffisante a besoin d'un ami...

Ce que j'en ai pensé...

Ce livre a fait un carton aux Etats-Unis et en Italie, "mes" autres pays, et beaucoup moins en France, me semble-t-il. J'avais à coeur de comprendre pourquoi et après lecture, j'ai compris !

Au début du livre, j'ai eu l'impression de me lancer dans un bouquin genre Bridget Jones car le côté quelque peu asocial et un peu décalé d'Eleanor me rappelait Bridget mais il ne m'a fallu que quelques pages pour comprendre que j'avais à faire à tout autre chose d'une qualité bien supérieure à la prose d'Helen Fielding. On comprend rapidement que derrière l'humour caustique avec lequel l'auteur, une néo-romancière écossaise, nous conte l'histoire d'Eleanor, se cache une tragédie terrible et on se retrouve à tourner page après page pour savoir ce qui est vraiment arrivé à Eleanor et ce qui va en advenir. La plus grande partie du roman tourne autour du personnage d'Eleanor mais une mention spéciale revient à son ami Raymond, un ami comme on voudrait toutes en avoir un. J'ai vraiment passé un excellent moment avec ce roman même si j'ai ressenti une petite frustration à la fin mais je suppose que cette fin laisse augurer d'une suite.

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En vieillissant les hommes pleurent - Jean-Luc Seigle (2012)

 

Seigle

Editeur : Flammarion (8 janvier 2012) - J'ai Lu (11 mai 2013)

Nombre de pages : 250

Quatrième de  couverture : 

«Peut-être pleuraient-ils tout ce qu'ils n'avaient pas pleuré dans leur vie, c'était le châtiment des hommes forts.»

9 juillet 1961. Albert Chassaing est ouvrier chez Michelin la nuit et paysan le jour. Il vit avec sa femme Suzanne et son fils cadet, passionné par les livres, dans un petit village d'Auvergne. Ce jour-là, la télévision fait son entrée dans leur maison pour y voir le fils aîné Henri, soldat en Algérie, interviewé dans un reportage sur la guerre. Pour Albert, c'est le monde qui bascule. Réussira-t-il à trouver sa place dans ce monde où tout change ?

Ce que j'en ai pensé...

Depuis sa sortie, ce roman me faisait envie mais comme tant d'autres il avait dû attendre ! Enfin, son tour est venu et quelle magnifique lecture ce fut. Il est vraiment des romans, dont on ressort un peu sonnés et plus tout à fait les mêmes, et c'est le cas pour celui-ci, sans doute parce que les états d'âme de ce paysan, qui ne l'est plus complètement car la modernité a changé la donne, m'a touché droit au coeur. Petite-fille d'agriculteur, le sort des campagnes et de leurs habitants m'intéresse forcément. Dans cet Albert, il y a un peu de mon grand-père, un peu de mon oncle; dans sa famille, un peu de la mienne même si les histoires et les circonstances sont fort différentes. J'ai eu l'impression que des fantômes venaient me tirer par les pieds.

L'analyse très fine des personnages et les observations tout en détails de Jean-Luc Seigle nous obligent à nous retourner sur le passé et à nous poser des questions sur la vitesse à laquelle notre société a changé  à partir des années soixante et sur les effets collatéraux que ces changements ont eu sur la population dans son ensemble. Il y a beaucoup de thèmes abordés dans ce livre - l'altération des campagnes, l'entrée de la modernité dans nos maisons, la condition féminine, la guerre - mais tout est lié et on ne peut ressortir de cette lecture que profondément ému par le destin d'Albert. Et puis, comment ne pas s'émouvoir aussi devant Gilles, son fils d'une dizaine d'années, lecteur assidu, qui, au cours de l'histoire, va découvrir le pouvoir qu'a la littérature de nous faire comprendre le monde et trouver les réponses aux questions que l'on se pose ? Ce gosse m'a donné envie de relire Eugénie Grandet, vaguement lu dans ma jeunesse.

Pour finir, j'ai adoré et d'ailleurs relu plusieurs fois les dernières pages consacrées à la ligne Maginot, une leçon d'histoire fort utile en ce qui me concernait, qui, là encore, m'a obligée à revoir le cours de la Seconde Guerre Mondiale avec un autre oeil.

Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer cette lecture avec les romans de Marie-Hélène Lafon, qui, elle aussi, parle si bien du monde agricole, dont elle est issue, et de ses maux.

Je pourrais vous en dire beaucoup plus sur cette lecture, qui m'a vraiment bouleversée mais comme d'habitude, je ne veux pas trop en dire. En vieillissant les hommes pleurent est un roman à multiples facettes et je ne veux pas vous en gâcher le plaisir de la découverte. J'espère toutefois que ces quelques lignes vous auront donné envie de le lire.

 

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Horreur boréale - Åsa Larsson (2003)

Larsson

Editeur : Folio Policier (19 mai 2016)

Nombre de pages : 390

Quatrième de couverture : 

Une ferveur religieuse sans précédent s'est emparée de la petite ville minière de Kiruna, en Laponie, depuis que le charismatique Victor Strangård, le Pèlerin du Paradis, a survécu à un terrible accident et est revenu d'entre les morts. Pourtant, un matin, il est retrouvé sauvagement assassiné et mutilé dans l'église de la Force originelle où il officiait.

Sanna, la fragile sœur de Victor, demande à son amie d'enfance, Rebecka Martinsson, avocate fiscaliste à Stockholm, de venir la soutenir et l'aider à échapper aux soupçons de la police. Rebecka, aux prises avec son passé et menacée par les disciples de cette communauté religieuse qu'elle a fuie, doit prouver l'innocence de Sanna au nom d'une amitié depuis longtemps brisée...

Ce que j'en ai pensé...

Pas grand chose à dire d'autre que bof, bof, bof concernant ce polar. Adorant la série Millenium, Henning Mankel and Camilla Läckberg, je me faisais une joie de découvrir une autre auteure suédoise mais c'est une déception. L'ambiance polaire, que j'affectionne tout particulièrement, est bien là mais l'intrigue est un peu légère - j'ai vu arriver le gros du dénouement bien avant la fin - et du coup se traîne en longueur. On ne s'attache pas vraiment aux personnages non plus. Je ne retiendrai de ce polar que les aurores boréales, la neige qui fouette les visages et le froid polaire qui transperce les os, trois choses dont je rêve, soit dit en passant ! Mais bon, un polar, qui n'empêche pas de dormir, n'est pas un bon polar, à mon avis !

Je ne crois pas que je donnerai une seconde chance à Åsa Larsson. Par contre, je vais essayer de lire Jussi Adler Olsen, dont on me dit le plus grand bien.

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ah! il Mundial! - Mario Soldati (2008)

Soldati

 Editeur : Sellerio editore Palermo (26 juin 2008)

Pas traduit en français

Nombre de pages : 153

Résumé :

Mario Soldati va à la Coupe du Monde de 1982 presque par hasard. C'est l'idée d'Alberto Cavallari, à l'époque directeur du Corriere della Sera. "Il m'avait dit que je devais - chose très nouvelle pour moi - écrire un article par jour pendant toute la durée de mon reportage". Soldati se retrouve ainsi à 75 ans dans un rôle inédit de correspondant sportif. C'est un mois inoubliable pour lui et les lecteurs du quotidien. Il part en toute discrétion, il n'est pas du genre à s'émouvoir pour une équipe de football. Sa première rencontre est avec Bearzot, l'entraîneur, qui lui paraît honnête, sérieux, un fonctionnaire un peu sévère au style mitteleuropa, un personnage digne de Joseph Roth, écrit-t-il. Mais Soldati ne met pas longtemps à se découvrir l'âme d'un "tifoso"* et ce dès le premier match, "je n'aurais jamais cru pouvoir souffrir ainsi pour notre équipe nationale", dit-il après le 0 à 0 d'Italie - Pologne. La veille, il est allé rendre visite aux joueurs polonais dans leur lieu de retraite, il les a vus tendus, préoccupés, et il s'en est ému au point de presque souhaiter leur victoire. Mais une fois sur le terrain, tout change, tout état d'âme disparaît : Soldati se met à suivre les manoeuvres fourbes des azzurri, à pester pour que la chance aide le ballon à rentrer dans le but, à hurler de colère. De commentateur à l'attitude détaché, il se transforme en expert, il se fâche quand Paolo Rossi monopolise le ballon, il est prêt à servir d'entraîneur s'il le faut.

Ce que j'en ai pensé...

En 2014, en pleine Coupe du Monde au Brésil, je suis allée quelques jours en Italie et en parcourant les étals d'une librairie à Vérone, je suis tombée sur ce petit bouquin, que, de toute évidence, l'éditeur remettait en valeur, Coupe du Monde oblige. Aimant le travail de Mario Soldati (1906 - 1999), écrivain-journaliste-cinéaste-et j'en passe très influent en Italie pendant des décennies, et le football aussi, ce livre m'avait fait envie. Depuis, il attendait gentiment son tour sur mes étagères...

Quatre ans plus tard, la Coupe du Monde en Russie m'a semblé être le bon moment pour enfin le dégainer ! Et bien m'en a pris ! J'ai passé un moment formidable avec ces chroniques de Soldati écrites pendant la Coupe du Monde 1982 remportée par l'Italie et j'ai rajeuni de 36 ans comme par magie ! Voir tous ces noms du passé ressurgir m'a enchantée : Bearzot, Zoff, Rossi, Cabrini, Tardelli, Gentile, Antognoni, Boniek, Platini, Tigana, Battiston, etc. Pourquoi ? Parce que cette Coupe du Monde a une saveur très particulière pour moi et je m'en vais vous conter pourquoi.

En 1978, Coupe du Monde en Argentine, j'ai 14 ans, je m'intéresse déjà un peu au football - plus jeune, je suis allée plusieurs fois à Reims avec mon oncle ou mon grand-père pour voir jouer le Stade de Reims et surtout j'assiste régulièrement aux rencontres opposant notre petit village champenois à d'autres villages de la vallée, rencontres auxquelles participe mon footeux d'oncle -, je regarde les matches avec mon grand-père et parfois mon oncle et je tombe folle amoureuse d'un joueur italien, Roberto Bettega. Avec l'aide de mon père, qui baragouinait l'italien pour son travail, je lui écris une lettre pour lui faire part de mon admiration et tenter d'obtenir une photo dédicacée... Le monsieur ne répondra jamais ! Mais pas grave et surtout trop tard, j'étais dingue de lui. À l'époque, il jouait à la Juventus de Turin et ni une ni deux, cela devint instantanément mon club de coeur. 

Quatre ans plus tard, en Espagne, l'équipe italienne est principalement composée de joueurs de la Juve. Bettega ne joue plus car il a alors les genoux carrés mais qu'à cela ne tienne, mes yeux brillent désormais d'amour pour Antonio Cabrini, un bellâtre comme seule l'Italie en produit ! Au début de la compétition, je ne m'intéresse qu'à l'équipe italienne et souffre, tout comme Mario Soldati, de leur parcours chaotique pour parvenir en demi-finale. Seulement voilà, en demi-finale, il y a aussi la France de Michel Platini, qui justement s'apprête à partir jouer à la Juve et qui commence, lui aussi, à faire briller mes yeux ! Bon d'accord, j'étais un peu girouette, je l'avoue mais j'avais 18 ans, ne l'oublions pas ! Entre les deux, mon coeur balance. Une finale Italie - France serait un drame personnel absolu !

Celles et ceux, qui s'intéressent un tant soit peu au football et qui ont l'âge de s'en souvenir, se souviendront sans doute que la demi-finale Allemagne -France fut un véritable drame. La France mena 3 - 1 pour être finalement rattrapée et battue et surtout, ce match fut l'objet d'une des plus grandes injustices jamais vue sur un terrain de football : l'attaque vicieuse du gardien de but allemand, Harald Schumacher, qui expédia notre Patrick Battiston national à l'hôpital avec une commotion cérébrale et trois dents de moins. Il n'y eut ni carton rouge, ni pénalty ! Incroyable ! Trente-six ans après, j'enrage encore !

La France étant éliminée, plus d'état d'âme ! J'étais à fond derrière l'Italie. Mon père, qui portait l'Italie dans son coeur, me promit un voyage là-bas si l'Italie gagnait - promesse qui fut tenue ! -. Je n'oublierai jamais cette finale incroyable. À la maison, c'était compliqué car ce jour-là, il y avait aussi l'ex-compagnon de ma soeur, allemand, qui supportait l'Allemagne évidemment. À la fin du match, ma mère, désolée de sa mine défaite alors que mon père et moi étions au septième ciel, lui avait fait remarquer le bonheur communicatif du vieux président italien, Sandro Pertini, qui était complètement sorti de sa réserve diplomatique vis-à-vis du Chancellier allemand, Helmut Schmidt, en sautant de joie ou presque (il avait alors 85 ans !) dans la tribune officielle. "Il est vieux" lui avait-elle dit "il ne reverra sans doute jamais cela alors qu'Helmut Schmidt le pourra, lui" !

Quelques semaines plus tard, je partai en Espagne suivre un cours d'été. J'y rencontrai un Italien, ressemblant un peu à Platini, dont je tombais folle amoureuse et qui allait me faire tourner en bourrique pendant près de deux ans. Trois mois après avoir rompu avec lui, je rencontrai un autre Italien, un Piémontais, avec qui j'allai vivre ma plus belle histoire et grâce auquel j'allai vivre pendant quelques années dans la province de Turin, à deux pas de ma Juve adorée !

Et voilà pourquoi la lecture de ce petit bouquin m'a  fait l'effet d'une pilule rajeunissante ! Je pense qu'aucun de mes lecteurs de ce blog ne lira ce livre mais il m'aura donné l'occasion de vous raconter cette histoire !

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Yellow Cab - Benoît Cohen (2017)

 

Cohen

Editeur : Flammarion (1 mars 2017)

Nombre de pages : 240

Quatrième de couverture : 

New York, juin 2015. Benoit Cohen décide, pour les besoins de l'écriture d'un scénario, de devenir chauffeur de taxi à l'instar de son héroïne. C'est ainsi qu'il va sillonner pendant plusieurs mois Manhattan, Brooklyn ou encore le Bronx au volant d'un taxi qu'il loue chaque matin et à bord duquel il espère trouver l'inspiration et apprivoiser sa capitale d'adoption, insolite et frénétique. Avant ça, il devra passer sa licence dans une école du fin fond du Queens, Français parmi les migrants de tous pays à la recherche d'un «rêve américain» encore possible.
Traversé de références cinématographiques et émaillé de souvenirs personnels, Yellow Cab, c'est Big Apple vu à travers le pare-brise d'un taxi driver, les New-Yorkais observés depuis le siège avant : un surprenant récit de voyage autour de quelques blocks, mais qui en dit long sur l'Amérique. On monte avec bonheur aux côtés de ce Frenchie dont les talents d'observateur, déjà révélés dans ses films, jaillissent ici avec truculence.

Ce que j'en ai pensé...

Cela faisait un moment que ma cousine m'avait recommandé de lire ce récit et je ne le regrette pas même si j'ai parfois trouvé la liste détaillée des clients chargés à bord du taxi un peu longuette. Je pense que j'ai d'autant plus apprécié ce livre parce que je connais assez bien New York mais ne pas la connaître n'empêche pas de le lire et de l'apprécier. C'est une belle radioscopie de l'Amérique qui s'apprête à voter pour Trump (l'auteur n'envisage d'ailleurs pas vraiment que ce soit possible quand il écrit ces lignes...) et cela confirme encore une fois ce que je dis à mes élèves jour après jour: l'Amérique est capable du meilleur comme du pire. On peut en l'espace de quelques minutes tomber sur des gens, qui feraient presque peur, tant leur vue du monde est étriquée, et tout de suite après sur des gens qui feront preuve d'une empathie et d'une ouverture d'esprit comme on ne les vit pratiquement jamais en Europe.

C'est une lecture qui se fait rapidement, le style en étant proche de celui d'un scénario mais dont je ressors avec des images fortes, que je n'oublierai pas.

 

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L'autre qu'on adorait - Catherine Cusset (2016)

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Editeur : Gallimard - Collection Blanche (18 août 2016)

Nombre de pages : 304

Quatrième de couverture : 

«Quand tu penses à ce qui t’arrive, tu as l’impression de te retrouver en plein David Lynch. Blue Velvet, Twin Peaks. Une ville universitaire, le cadavre d’un garçon de vingt ans, la drogue, la police, une ravissante étudiante, une histoire d’amour entre elle et son professeur deux fois plus âgé : il y a toute la matière pour un scénario formidable. Ce n’est pas un film. C’est ta vie.»

L’autre qu’on adorait fait revivre Thomas, un homme d’une vitalité exubérante qui fut l’amant, puis le proche ami de la narratrice, et qui s’est suicidé à trente-neuf ans aux États-Unis. Ce douzième roman de Catherine Cusset, où l’on retrouve l’intensité psychologique, le style serré et le rythme rapide qui ont fait le succès du Problème avec Jane, de La haine de la famille et d’Un brillant avenir, déroule avec une rare empathie la mécanique implacable d’une descente aux enfers.

Ce que j'en ai pensé...

Je n'avais plus rien lu de Catherine Cusset depuis Un brillant avenir en 2008 ou 2009, je ne sais plus très bien, pour lequel elle avait obtenu le Prix Goncourt des Lycéens et dont je gardais un excellent souvenir. Ayant beaucoup entendu parler sur Instagram de L'autre qu'on adorait, qui est désormais paru en poche, j'avais envie de le lire et étant tombé dessus par hasard à la médiathèque, l'occasion a fait le laron !

J'ai entamé cette lecture sans avoir aucune idée du thème traité dans ce roman et quel ne fut pas mon choc de lire une histoire, que je ne connais malheureusement que trop bien...

A vrai dire, j'ai fini ce livre il y a plusieurs jours déjà et depuis, je me demande comment vous en parler, sans heurter certains de mes abonnés à ce blog. Avant toute chose, je peux dire que c'est un roman très bien écrit et dont l'histoire ne peut que toucher le lecteur. Le style narratif choisi par l'auteur, qui consiste à s'adresser au personnage principal en le tutoyant pour remonter le fil de sa vie,  peut être un peu déroutant au début mais on comprend vite pourquoi elle l'a adopté. De plus, une grande partie du bouquin se déroulant aux Etats-Unis et en particulier dans le milieu universitaire, que je connais assez bien, je ne l'ai qu'apprécié davantage. Je n'ai qu'un reproche à faire à Catherine Cusset et c'est d'ailleurs amusant car c'est le reproche qu'un des personnages principaux de Camino Island de John Grisham, que j'ai lu précédemment, fait à certains auteurs: pourquoi ce prologue qui annonce la couleur d'entrée ? L'histoire n'aurait, à mon avis, rien perdu de sa puissance en éliminant ce prologue. 

Ce qui rend l'écriture de cette chronique un peu compliquée, c'est que l'histoire de Thomas et de sa lente descente aux enfers est à peu de chose près l'histoire d'un de mes proches et donc évidemment, ce roman a eu une résonance toute particulière pour moi. Je ne peux pas trop en dire sans vous en gâcher la lecture mais disons que le personnage principal se voit un jour diagnostiquer avec un mal qu'il ignorait et que son cas est un copié-collé de celui de mon proche, si ce n'est que je ne suis pas sûre que ce dernier ait jamais été diagnostiqué correctement.

Si vous avez déjà lu ce roman, vous savez de quoi je parle, vous connaissez la fin et depuis la semaine dernière, je ne peux que penser que ce qui arrive à Thomas va aussi arriver à cette personne qui m'est proche, ce n'est pas simple à encaisser. Si vous n'avez jamais vécu l'expérience d'assister impuissant à ce type de descente aux enfers, vous ne pouvez pas imaginer à quel point il est difficile d'être témoin de cette spirale infernale que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter...

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Camino Island - John Grisham (2017)

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 Editeur : Double Day (6 juin 2017) - Mass Market Paperback - Dell (6 mars 2018)

Titre français : Le cas Fitzgerald - Editeur JC Lattès (2 mai 2018)

Nombre de pages : 368

Quatrième de couverture de l'édition française :

Des malfaiteurs dévalisent la bibliothèque de l’Université de Princeton. Leur butin est déclaré d’une valeur inestimable, mais Princeton l’a assuré pour vingt-cinq millions de dollars.
Bruce Cable possède une célèbre librairie à Santa-Rosa, une bourgade tranquille sur l’île Camino, en Floride. Bien que son affaire soit prospère, l’argent provient surtout du commerce de livres de collection. Peu de gens, toutefois, savent que Cable a souvent recours au marché parallèle et que passent entre ses mains manuscrits et ouvrages volés.
Mercer Mann est une jeune romancière. Elle souffre d’une angoisse aiguë de la page blanche et vient de perdre son poste d’enseignante. Elle est contactée par une femme mystérieuse travaillant pour une société tout aussi mystérieuse. On lui offre une coquette somme pour infiltrer Bruce Cable et son cercle d’amis de la littérature. Sa mission est de se rapprocher suffisamment de lui et de découvrir ses secrets.
Mais Mercer va trop en apprendre, et les ennuis vont commencer. Le paradis va devenir enfer, une métamorphose implacable comme seul John Grisham sait en conter.

Ce que j'en ai pensé...

En couverture du Lire de ce mois de juin, John Grisham déclare que son métier est de donner du plaisir et cette fois, il m'en a effectivement donné.

Depuis vingt-cinq ans que je lis Grisham, j'ai  à peu près tout lu de lui à une ou deux exceptions près mais au cours des dix dernières années, il m'a plus souvent déçue qu'enchantée sauf pour Ford County que j'avais adoré. Je l'ai déjà dit ici, comment tenir le rythme au niveau qualité quand on démoule un roman par an ? Pourtant, je reviens toujours à Grisham parce que j'aime y retrouver l'atmosphère du Sud des Etats-Unis, qui me manque tant, et puis.. parce que je ne résiste pas à ses yeux bleus ! Voilà, c'est dit ! Je suis folle amoureuse du monsieur et il peut écrire n'importe quelle idiotie, je la lirai !

Cependant, Camino Island est un bon cru. J'ai retrouvé le Grisham que j'aime avec une intrigue bien ficelée, un suspense, qui fait tourner les pages à vitesse grand V, et des personnages, qui ont une vraie personnalité. Et puis, pour l'amoureuse de livres que je suis, ce roman est un pur bonheur car toute l'intrigue tourne autour des livres et j'ai beaucoup aimé la façon dont Grisham partage son amour des livres et de la littérature tout en faisant discrètement son auto-critique quand il s'en prend à la qualité des  auteurs, qui publient trop !

Ce Grisham-là est bon, vous pouvez y aller. D'ailleurs, j'ai entendu  un certain nombre de critiques élogieuses dans les médias français, ce n'est pas toujours le cas quand il s'agit de Grisham !

Posté par annelb à 11:01 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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