Gone With The Book...

The New York Trilogy - Paul Auster (1987)

 

Auster

Editeur : Faber and Faber (1987)

Titre français : Trilogie new-yorkaise (6 septembre 2017)

Nombre de pages : 314

De toutes les qualités qui ont justifié le succès de la Trilogie new-yorkaise, l'art de la narration est sans doute la plus déterminante. C'est qu'il suffit de s'embarquer dans la première phrase d'un de ces trois romans pour être emporté dans les péripéties de l'action et étourdi jusqu'au vertige par les tribulations des personnages. Très vite pourtant, le thriller prend une allure de quête métaphysique et la ville, illimitée, insaisissable, devient un gigantesque échiquier où Auster dispose ses pions pour mieux nous parler de dépossession.

Ce que j'en ai pensé...

Enfin ! J'ai enfin lu Paul Auster. J'ai presque honte d'avouer que je ne l'avais pas encore fait mais c'est chose faite et je ne suis pas déçue par l'univers pour le moins étrange de cet écrivain. Quand je suis rentrée en France en 2002 après 10 ans passés aux Etats-Unis, je n'avais jamais entendu parler de Paul Auster. À ma décharge, il n'est pas si connu que cela aux Etats-Unis. Il est surtout l'objet d'admiration au sein du microcosme intello de la Côte Est, à mille lieux de l'ambiance dans laquelle j'ai vécu là-bas. La première personne, qui m'en a parlé en France, était une personne assez torturée et du coup, j'avais un peu associé Auster à cette personne et je l'ai évité pendant longtemps. Finalement, c'est François Busnel, à l'occasion d'une interview dans La Grande Librairie ainsi que d'un long entretien dans la revue America pour la sortie de son dernier roman en France 4 3 2 1, qui m'a convaincue de le lire. Merci Monsieur Busnel !

Au départ, il s'agit des trois premiers romans de Paul Auster (si l'on exclut un tout premier en 1984 paru sous le nom de Paul Benjamin): City of Glass (Cité de Verre), Ghosts (Revenants) et The Locked Room (La Chambre dérobée), qui furent ensuite regroupés sous ce nom de Trilogie new-yorkaise.

Dans City of Glass, le personnage principal, Quinn, écrivain de série policière au passé douloureux, accepte d'être pris par erreur pour un détective du nom de Paul Auster. Sa cliente lui demande d'enquêter sur Peter Stillman, un universitaire religieux extrémiste qui vient de sortir de prison et qui a l'ambition d'assassiner son propre fils qu'il a torturé durant toute son enfance. L'écrivain découvrira bientôt que cet ancien professeur tente d'inventer un nouveau langage pour sauver le monde de l'incompréhension ambiante. (Source : Wikipedia)

Dans Ghosts, Le roman débute par une filature dans les rues de New York, qui se transforme très vite en quête d'identité. Les personnages n'ont pas de nom : le narrateur les nomme Bleu, Noir et Blanc. Le détective privé, Bleu, payé par Blanc, doit suivre Noir, qui ne fait rien de ses journées. La surveillance dure des années. Bleu envoie un rapport hebdomadaire à Blanc. Mais peu à peu, devant l'ennui et la déréliction, Bleu veut se confronter à Noir pour connaître les raisons cette affaire. (Source : Wikipedia)

Et finalement dans The Locked Room, Fanshawe disparaît. Il laisse derrière lui sa femme Sophie, son fils Ben, et des manuscrits qu'il a confiés à un ami d'enfance, le narrateur. Celui-ci prend alors possession de la vie de Fanshawe : il publie les manuscrits, qui connaîtront le succès, il épouse Sophie et adopte Ben. (Source : Wikipedia)

À leur sortie, ces romans ont laissé la critique américaine perplexe car elle ne savait pas dans quel genre les ranger et effectivement, vous en parler n'est pas simple. On a parlé de mélange entre polar et nouveau roman (bof !), on a parlé de post-modernisme (allez savoir ce que cela veut vraiment dire !), que sais-je encore ? Moi, ce que j'ai constaté, c'est que l'on est happé dès la première phrase dans un univers à la fois très réel et totalement surréel, qui m'a un peu rappelé celui de Kafka, lu il y a bien longtemps, et que l'on assiste à chaque fois à la descente aux enfers d'un être qui a à priori une vie parfaitement normale et se retrouve par hasard dans la situation de devoir faire un travail de détective, qui va le ronger petit à petit.

Il est beaucoup question d'identité et de liberté dans ces romans mais c'est aussi une critique assez féroce d'une certaine Amérique, en tous les cas d'un certain New York dans les années 1980 (avant les mandats de maire de Rudolph Giuliani et Michael Bloomberg, qui ont chacun à leur façon redonné un autre visage à cette ville). C'est à cette époque-là que je suis allée à New York pour la première fois et j'y ai reconnu un certain nombre de travers que j'avais pu alors observer. Finalement, peu importe l'étiquette que l'on met sur ces romans, c'est de la grande, très grande littérature américaine et j'ai vraiment hâte de relire Paul Auster. Ma prochaine lecture sera son dernier opus 4 3 2 1, c'est sûr, mais au-delà de cela, j'accueille vos suggestions si vous en avez.

 

 

 

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Le 1 - 11 histoires de séduction (2018)

Le 1

Editeur : Le 1 Hebdo (2018)

Nombre de pages : 121

Quatrième de couverture :  

À quoi ressemble la séduction au XXIème siècle ?

À l'heure du mouvement #MeToo et des sites de rencontre sur Internet, onze écrivains explorent le désordre amoureux actuel. Quand Philippe Claudel interroge la standardisation des rapports entre hommes et femmes, Lola Lafon se penche sur les conséquences des aggressions sexuelles. Car si la séduction est un jeu, il peut parfois s'avérer cruel, comme chez Monica Sabolo et son duo d'adolescentes, incapables encore de mesurer le pouvoir de leur charme. Les garçons ne sont pas en reste, eux qui chassent souvent en meute, que ce soient les "gouialleurs" de Carole Martinez ou les vacanciers de Philippe Jaenada. Si la séduction peut mener à l'abandon et à la captivité chez Léonor de Récondo, elle est un passeport fragile mais précieux vers la félicité pour David Foenkinos et Olivier Adam. Une épreuve sociale à surmonter pour Véronique Olmi. Ou une entreprise de subterfuges et dissimulations pour Kaouther Adimi. Elle devient, surtout, une aventure à toujours recommencer pour François-Henri Désérable, qui part sur les traces du couple mythique formé par Frida Kahlo et Diego Rivera.

Bref, la séduction reste un mystère, qui célèbre plus que tout l'art de plaire.

Ce que j'en ai pensé...

Comme chaque été depuis trois ans, Le 1 nous régale avec une savoureuse collection de nouvelles et ce recueil est vraiment un bon cru. Il y en a deux ou trois qui m'ont moins plu - en particulier Carole Martinez et Léonor de Récondo - mais dans l'ensemble, je les ai beaucoup aimées alors que les années précedentes, je n'en avais apprécié qu'une moitié environ. Mention spéciale pour les contributions de Philippe Claudel et Philippe Jaenada que j'ai trouvées formidables.

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Couleurs de l'incendie - Pierre Lemaître (2018)

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Editeur : Albin Michel (3 janvier 2018)

Nombre de pages : 544

Quatrième de couverture :  

Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l'empire financier dont elle est l'héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d'un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement. Face à l'adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l'ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d'intelligence, d'énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d'autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l'incendie qui va ravager l'Europe.

Ce que j'en ai pensé...

Autant Au revoir là-haut, le premier volet de la trilogie promise par Pierre Lemaître, avait été un coup de coeur, autant mon avis concernant celui-ci est plus mitigé. Les 200 premières pages se traînent franchement un peu en longueur et surtout laissent peu de place aux surprises. Que la crise de 29 va emporter la banque Péricourt et que Madeleine est manipulée par son entourage est plus que téléphoné. Par contre, le déroulé de la vengeance de cette dernière dans la deuxième partie du bouquin est beaucoup plus enlevé et au final, la lecture de ce roman aura été un moment plutôt agréable.

Comme j'en discutais l'autre jour avec mes amies lectrices, Arielle et Valérie, il n'est pas forcément nécessaire d'avoir lu Au revoir là-haut pour lire celui-ci et je me demande même dans quelle mesure, il ne vaudrait pas mieux lire le deuxième avant le premier, ce qui éviterait la petite déception que j'ai éprouvée. A méditer... 

Quoiqu'il en soit, je garde un excellent souvenir de ma rencontre avec Pierre Lemaître en juin dernier au Festival du Livre de Nice. C'est vraiment quelqu'un de très sympa, très drôle et très abordable. 

 

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Au revoir là-haut - Christian de Metter & Pierre Lemaître (2015)

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Editeur : Rue de Sèvres (3 octobre 2015)

Nombre de pages : 168

Quatrième de couverture :  

1919. Au sortir de la guerre, la société française peine à ménager une place aux anciens poilus devenus encombrants et les trafics les moins glorieux y vont bon train. Albert Maillard, modeste comptable, qui a sauvé la vie d'Édouard Péricourt, jeune fils de bonne famille, juste avant la fin des combats, tente de les faire vivre de retour à Paris. Édouard, défiguré, refuse de reprendre contact avec les siens et imagine une gigantesque arnaque à la nation pour tenter de renouer avec une vie, ailleurs.

Ce que j'en ai pensé...

A priori, les romans graphiques ne sont pas ma tasse de thé et je n'ai lu celui-ci que parce que je souhaitais me rafraîchir la mémoire quant aux personnages de Au revoir là-haut avant de lire Couleurs de l'incendie. Mission accomplie. Mémoire rafraîchie ! En trente minutes... Le rapport temps de lecture / prix n'est pas terrible si l'on prend en compte que cette BD coûte 22,50€ ! Bon, en l'occurence, ce n'est pas très grave vu que je l'ai empruntée à la bibliothèque !

Au delà de cette considération, je défie quiconque n'ayant pas lu le roman de vraiment comprendre l'histoire en détails car la BD prend des raccourcis. Je ne juge pas le graphisme, je n'y connais vraiment rien mais j'ai trouvé que la partie écrite était succinte. 

Pas très sûre que cette BD m'incite à lire d'autres adaptations de romans en BD... On verra.

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L'écrivain d'odeurs - Jean-Claude Ellena (2017)

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 Editeur : Le Contrepoint - Collection Nez Littérature (5 octobre 2017)

Nombre de pages : 191

Quatrième de couverture :  

"Il ne s'agissait pas de faire un parfum "blockbuster" en assemblant les points communs de ce que le marché produit, il s'agissait de faire différemment, d'être unique, sans pour autant choquer, qui est une facilité de paresseux ". En quête de liberté, d'exigence et de mesure, Jean-Claude Ellena, parfumeur de la prestigieuse maison Hermès, n'a jamais cessé de formuler et reformuler cette question centrale : que signifie "être parfumeur" ?

Alors que le marché explose et la concurrence s'accroît, composer un parfum devient en quelques décennies un acte banal de production, soumettant le parfumeur à abandonner progressivement sa créativité. Jean-Claude Ellena a consacré sa vie à ouvrir des voies, remettre en question des certitudes, découvrir et dialoguer avec le monde pour tenter de trouver ses réponses : est-il écrivain d'odeur ? Peintre olfactif ? Créateur d'émotions ? Artiste sensoriel ? Les lumières qu'il nous offre sur ses 40 ans de carrière sans précédent se réfléchissent sur les facettes multiples et méconnues d'une profession devenue trop souvent prisonnière du marketing. Ce témoignage inédit est un voyage, une découverte, autant que la définition, simple et sensible, de ce que pourrait être "un grand artiste".

Ce que j'en ai pensé...

Lecture passionnante pour moi qui côtoie le monde de la parfumerie depuis maintenant dix ans. Quiconque travaille dans ce milieu à Grasse connaît le nom de Jean-Claude Ellena, gloire locale s'il en est. Né à Grasse en 1947, il est l'une des plus grandes figures de la parfumerie contemporaine. En 40 ans de carrière, il a réinventé le métier de parfumeur au fil de ses créations telles First de Van Cleef & Arpels, Terre d'Hermès, Eau de Campagne de Sisley, In Love Again de Yves Saint-Laurent (mon chouchou !) et tant d'autres.

Ce bouquin n'aurait eu, je me dois d'être honnête, aucun intérêt pour moi il y a dix ans mais depuis le temps que j'entends parler quasi quotidiennement de composants naturels, de molécules synthétiques, d'analyses sensorielles, de contraintes imposées par la législation et le marketing, etc., la lecture de ce récit s'est avérée passionnante et il a été en particulier très intéressant de lire l'opinion de ce grand parfumeur quant aux molécules synthétiques et leurs vertus à l'heure où le retour au naturel est prôné de toutes parts. Jean-Claude Ellena sait expliquer son métier en termes simples mais aussi très poétiques quand il parle de sensations olfactives.

J'aurais aimé le rencontrer à la Journée de la Parfumerie à Grasse au printemps dernier mais malheureusement, je n'ai pu m'y rendre. Heureusement, une sympathique cliente m'a procuré cet ouvrage dédicacé de la main du maître lui-même !

 

Ellena

 

 

 

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Quatre murs et un toit - Camille Anseaume (2018)

Anseaume

Editeur : Calmann Levy (28 février 2018)

Nombre de pages : 162

Quatrième de couverture : 

Quand elle apprend que ses parents ont mis en vente  la maison où elle a grandi, Camille décide d’y séjourner  une dernière fois afin de s’imprégner du lieu et lui  faire ses adieux. Chaque pièce résonne encore de  l’écho des joies et des peines passées et la replonge  dans les souvenirs : les manies de sa mère, les blagues  de son père, les amis du grand-frère dont elle est  follement amoureuse, les disputes entre soeurs…des cris, des rires, des larmes, et surtout beaucoup, beaucoup d’amour. Mais une semaine, est-ce suffisant  pour dire adieu à son enfance ?                                                                                                                                                           
Ce que j'en ai pensé...
                                                                                                                                                                                                  Le hasard a voulu qu'en l'espace de quelques jours, mon neveu soit allé montrer la maison ci-dessus à sa fiancée et en profite pour m'en envoyer une photo et que ma cousine m'offre ce court récit. Il se trouve que cette maison est celle où j'ai vécu mon adolescence et tout comme l'auteur, j'ai dû, il y a maintenant un peu plus de quatorze ans et dans des circonstances un peu douloureuses, lui dire adieu. Alors, évidemment, ce livre a eu une résonance particulière pour moi.
 
Il n'y a pas à proprement parler de fil conducteur dans ce récit, c'est juste une succession de très courts chapitres qui alternent des souvenirs d'enfance ou de jeunesse avec ce que l'auteur ressent au moment où elle dit adieu à chaque pièce. L'écriture est simple et épurée mais pas banale et ici et là, elle fait preuve de beaucoup d'humour. Je dois dire qu'à de nombreuses reprises au cours de ma lecture, j'ai eu l'impression d'un effet miroir, bien que Camille Anseaume ait une vingtaine d'années de moins que moi. Des situations familiales similaires, des injonctions parentales, des disputes entre frère et soeurs, etc. Et puis, alors qu'elle va une dernière fois de pièce en pièce, je la suivais en imaginant notre maison... un moment assez émouvant, je dois dire mais ma cousine savait bien ce qu'elle faisait quand elle a décidé de m'offrir ce sympathique moment de lecture !
                                                                                                                                                                                      
 
 
 

 

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La fissure - Jean-Paul Didierlaurent (2018)

La fissure

Editeur : Au Diable Vauvert (16 janvier 2018)

Nombre de pages : 327

Quatrième de couverture : 

Dernier représentant d'une entreprise de nains de jardin rachetée par une holding américaine, Xavier Barthoux mène une vie bien rangée entre la tournée de ses clients, son épouse, son chien et sa résidence secondaire des Cévennes. Mais quand il découvre une fissure dans le mur de sa maison, c'est tout son univers qui se lézarde... Animé par une unique obsession, réparer la fissure, il entreprend un périple extrême et merveilleux jusqu'à l'autre bout du monde.

Ce que j'en ai pensé...

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai retrouvé la plume de Jean-Paul DidierLaurent après avoir adoré Le liseur du 6h27 il y a quelques mois.

C'est vraiment le type de roman pour lequel il ne faut pas en dire trop pour ne pas vous en gâcher la lecture qui réserve des surprises et pas des moindres. Je peux cependant dire qu'une fois encore, j'ai glissé au travers des pages de cet auteur en en appréciant la drôlerie, le côté doux-amer, les métaphores, l'aspect un peu fantastique comme dans un conte et surtout les personnages. Je ne peux que vous recommander cette lecture à la fois légère et parfaite pour la plage mais aussi porteuse d'un message profond : le lecteur saura-t-il trouver "sa" fissure et la réparer à l'instar de Xavier ? A vous de le découvrir en vous plongeant dans les pages du très sympathique Jean-Paul Didierlaurent !

 

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Le assaggiatrici - Rosella Postorino (2018)

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Editeur : Feltrinelli  (11 janvier 2018)

Nombre de pages : 285

Traduction libre de la troisième de couverture : 

Jusqu’où est-il légitime d’aller pour survivre ? À quoi se fier, à qui, si la bouchée qui te nourrit pourrait te tuer, si celui qui a décidé de te sacrifier entreprend de te sauver en même temps ?

La première fois que Rosa Sauer entre dans la pièce dans laquelle elle consommera ses futurs repas, elle est affamée. « Depuis des années, j’avais faim et peur. » dit-elle. Avec elle, il y a neuf autres femmes de Gross-Partsch, un village proche de la Tanière du Loup, le QG d’Hitler caché dans la forêt. C’est l’automne 43, Rosa vient d’arriver de Berlin pour fuir les bombardements et elle s’est réfugiée chez ses beaux-parents alors que son mari, Gregor, est combattant sur le front russe.  Quand les SS lui ordonnent de manger, face à une assiette débordante de nourriture, la faim l’emporte mais tout de suite après, la peur prévaut. En effet, les goûteuses doivent rester en observation pendant une heure pour que les gardes s’assurent que la nourriture, qui doit être servie au Führer, n’est pas empoisonnée. 

Au sein de cette cantine forcée dans une ambiance lourde, des alliances, des amitiés , des rivalités vont se créer entre les jeunes femme. Pour les autres, Rosa est une étrangère, il lui est difficile d’obtenir de la bienveillance de ses camarades et pourtant, elle ne cesse de la chercher. En particulier de la part de Elfriede, la fille qui se montre la plus hostile, la plus charismatique. Et puis, au cours du printemps 44, arrive à la caserne le lieutenant Ziegler, qui instaure un climat de terreur. Alors que l’ombre du Führer, comme une sorte de divinité invisible, plane sur tous, un lien surprenant va se créer entre Rosa et Ziegler.

Rosella Postorino explore sans retenue l’ambiguïté des pulsions et des relations humaines pour se demander ce que signifie être, et rester, des êtres humains. S’inspirant de l’histoire vraie de Margot Wölk (goûteuse d’Hitler à la caserne de Krausendorf), elle raconte l’histoire exceptionnelle d’une femme piégée, fragile face à la violence de l’Histoire, forte des désirs de la jeunesse. Comme elle, le lecteur se trouve aux portes de la collusion avec le Mal, de la faute accidentelle, suivie de l’instinct - souvent anti héroïque - de survivre. De se sentir, malgré tout, encore vivant.  

Ce que j’en ai pensé...

Après avoir lu l’entretien accordé au Daily Mail par Margot Wölk, la dernière survivante de ce groupe de goûteuses, dont personne ou presque n’avait jamais entendu parler, l’auteur de ce roman n’a eu de cesse de raconter cette histoire en détails. Malheureusement, quand cette dernière a enfin obtenu les coordonnées de Frau Wölk à Berlin, celle-ci venait de décéder. Elle a donc décidé de se documenter du mieux qu’elle pouvait et a opté pour une fiction en imaginant ce qu’elle ne pouvait apprendre sur la réalité. Il faut donc lire ce roman en gardant à l’esprit que Rosella Postorino n’a fait que s’inspirer de l’histoire vraie. C’est, je crois, très important étant donné la tournure particulière que prend le roman dans l’histoire.

Le résultat est un roman fort bien écrit qui nous entraîne sur le chemin de l’histoire, celle de personnes comme vous et moi, face à l’Histoire. C’est troublant, dérangeant et profondément émouvant. Je comprends pourquoi il a eu tant de succès en Italie. J’espère vraiment qu’un éditeur français envisage de le publier.  En attendant, si vous lisez l’anglais plutôt que l’italien, il sera publié en janvier prochain sous le titre At The Wolf’s Table. 

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Mohammad, ma mère et moi - Benoît Cohen (2018)

 Cohen

Editeur : Flammarion (4 avril 2018)

Nombre de pages : 288

Quatrième de couverture : 

Au moment où Donald Trump accède au pouvoir, Benoit Cohen, cinéaste français installé aux États-Unis, apprend que sa mère s'apprête à héberger, dans l'hôtel particulier du 7e arrondissement où elle vit seule, Mohammad, un migrant afghan. Alors que Benoit Cohen s'insurge contre ce président raciste qui menace de fermer les frontières, il ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour sa mère qui, sans lui en avoir jamais soufflé mot, ouvre sa porte à un étranger. Il revient alors à Paris et rencontre Mohammad. Ce garçon qui, de déracinement en déracinement, a grandi, à l'instar des chats, sept fois plus vite qu'un jeune occidental, va lui confier son histoire. Entre Benoit, exilé volontaire, et Mohammad, réfugié malgré lui, une relation intense se noue, sous le regard de Marie-France, qui vient compléter cet improbable trio. Dans ce récit singulier, Benoit Cohen décrit, non sans humour, ce chemin exaltant et complexe qu'est la rencontre de l'autre et s 'nterroge sur ce que « donner » veut dire.

Ce que j'en ai pensé...

Tout d'abord, merci encore à Benoît Cohen de m'avoir gracieusement envoyé son livre après ma publication sur Instagram de mon post concernant son précedent livre Yellow Cab, que j'avais beaucoup aimé aussi. Aussi, oui, parce que j'ai vraiment adoré ce récit comme à peu près toutes les personnes qui le lisent. Comment rester insensible au récit du parcours douloureux de ce jeune afghan et comment ne pas se poser de questions quand on referme le bouquin ? Marie-France, la mère de Benoît Cohen, dit à un moment: "Quand on peut aider, on doit le faire."  C'est la question que je me pose depuis quelques temps, que puis-je, à mon modeste niveau, faire ? Ignorer le problème me semble si monstrueux, si cynique, si égoïste. Les associations, que Benoît Cohen mentionne à la fin du livre, seront sans doute une voie d'exploration. Habitant sur la Côte d'Azur, à quelques kilomètres du drame, qui se joue de l'autre côté de la frontière où des centaines (des milliers ?) de migrants attendent désespérément d'obtenir l'asile quelque part, comment ne pas me préoccuper de cette situation ?

Le récit est très fluide, écrit sans fioritures, sans pathos, et se lit très facilement. Ce n'est pas pour autant que cette histoire peut s'oublier facilement. Autant, j'avais trouvé quelques faiblesses à son précédent récit, autant celui-ci fonctionne du début à la fin et je ne peux que vous recommander de vous y plonger.

Par ailleurs, les pages où l'auteur confie son désarroi suite à l'élection de Trump ont eu une résonance particulière pour moi. Moi, qui comme lui ai immigré volontairement en Amérique, ai surmonté les arcanes de l'immigration américaine et ai appris à connaître ce pays complexe, qui peut à la fois vous enthousiasmer au plus haut point et vous faire enrager, j'ai compris son désarroi, je l'ai vécu aussi. Le 9 novembre 2016 au petit matin, c'était encore le 8 sur la Côte Est, j'étais assise devant ma télé, hébétée, en larmes et depuis, je ne décolère pas... Le 3 novembre 2020 n'arrivera jamais assez vite à moins qu'un miracle n'ait lieu d'ici là ou qu'une catastrophe ne nous accable à nouveau ce jour-là !

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Stayin' Alive - Christian Moguerou (2018)

stayin' alive

 Editeur : Erick Bonnier (14 juin 2018)

Nombre de pages : 181

Quatrième de couverture : 

Robin est né le 13 décembre 1977, mais il ne le savait pas.... Il a fallu qu'il meure pour le comprendre et pour, de façon improbable, rester vivant.
Stayin' Alive est un roman épique, tachycardant, une plongée dans les années disco au rythme des Bee Gees, une histoire presque vraie que personne n'oserait croire.
Et vous, êtes-vous prêts à danser ?

Ce que j'en ai pensé...

Voilà une lecture que je n'avais pas à priori envisagé de faire et puis, l'éditeur m'a proposé de m'envoyer le bouquin en service presse et à la lecture du titre, je me suis dit: "Pourquoi pas ?" Vu mon âge, Stayin' Alive, ça me parlait forcément !

J'avais 13 ans quand la vague de La fièvre du samedi soir a déferlé sur la France. Je crois me souvenir que c'était le premier film que ma mère me laissait aller voir au ciné avec des copines. Et comme tout le monde, j'ai ensuite voulu la BO que j'ai écouté jusqu'à en user le vinyl !  Alors un roman, qui faisait référence à ce titre mythique des Bee Gees me donnait évidemment envie de le lire.

Résultat des courses : c'est à la fois un coup de coeur et un coup de gueule ! Je m'explique. En feuilletant les toutes premières pages à la réception de ce livre, je m'étais dit "ouh là là". D'abord, le tout premier chapitre commençait avec une phrase qui, à mon sens, était assez mal tournée et contenait un accord de participe passé un peu douteux. Comme on ne se refait pas, je trouvais que cela partait mal. Et puis j'ai décidé d'aller au-delà de mes préjugés et j'ai finalement découvert un texte plutôt bien écrit et à ma grande surprise, cette histoire de jeune type qui meurt et nous parle depuis son coma, puis de son cercueil et de sa tombe s'est plus que laissé lire.

Par contre, tout en remerciant l'éditeur pour son envoi, je souhaiterais lui tirer les oreilles ! Je suis prête à soutenir les petits éditeurs mais encore faut-il qu'ils fassent leur métier sérieusement. J'ai quand même trouvé trois "ou" à la place de "où" (on peut blâmer la typographie mais jusqu'à un certain point !), une curieuse référence à une glace avec teint (personnellement, je connais la glace sans tain mais la glace avec teint ?) et de nombreuses errances quant à la ponctuation. Mais plus que tout, le roman donne parfois l'impression d'être une ébauche. Certains passages auraient dû être coupés, ils ne servent à rien; d'autres auraient mérité une restructuration. Bref, l'éditeur aurait dû faire son boulot !

L'ironie du sort est que dans le roman, on apprend que la mère du narrateur a débuté sa carrière comme correctrice dans une grande maison d'édition ! Et page 120, ce passage, qui m'a quand même bien fait rire, vu ce que qui précède :

"Peter se replongea aussitôt dans la lecture des épreuves de son manuscrit faisant mine de s'emporter à chaque faute non corrigée qu'il découvrait, lui qui plaçait l'orthographe bien au-dessus de la beauté des femmes."

Souhaitant tout de même bon vent à ce livre, je signale trois passages que j'ai particulièrement aimé, un sur les vertus du slow (p 118 à p 120) et un autre de toute beauté sur Naples (p 170 à p 174). Ils arrivent l'un comme l'autre un peu comme des cheveux sur la soupe dans le déroulé de cette histoire quelque peu décousue mais ils valent cependant le coup d'être lus. En voici deux courts extraits:

"Le slow osait tout, il distillait de la jalousie, de la contrariété, il attisait l'audace, l'envie d'entreprendre, il était le préambule de l'amour, la folle évasion de notre belle jeunesse."  Soupir... si seulement je pouvais avoir de nouveau 18 ans !

"Des clichés ? Naples en produit des centaines, des milliers. Les Vespa agitées dans de minuscules ruelles, une circulation qui fonctionne à l'infarctus; des draps qui s'égouttent d'une fenêtre l'autre, la drague à l'étalage, les femmes capables d'envoûter tout un carrefour et cette profusion de saveurs, d'odeurs, de chapardeurs, d'artisans, de profiteurs, de petits receleurs, de Fiat 500, de carabinieri beaux parleurs. Naples est une métaphoe, un paradigme du mouvement, une fêtarde qui croit en Dieu mais ose souvent le contredire."

Enfin, un troisième passage que j'ai adoré... Tellement vrai !

 

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Quoiqu'il en soit, ce livre m'aura incité à réécouter cette BO magique et à me déhancher quelque peu !

You're stayin' alive, stayin' alive.
Feel the city breakin'
And ev'rybody shakin'
And we're stayin' alive, stayin' alive.

 

 

 

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