Vuillard

Editeur : Actes Sud (29 avril 2017)

Nombre de pages : 160

Quatrième de couverture :

Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l'Assemblée ; mais bientôt, il n'y aura plus d'Assemblée, il n'y aura plus de président, et, dans quelques années, il n'y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. É.V.

Ce que j'en ai pensé...

Enfin une grave erreur réparée... celle de ne pas encore avoir lu Éric Vuillard ! Ce n'était pas faute d'avoir entendu parler en bien, en très bien de cet auteur pour pratiquement tous ses précedents livres (d'ailleurs, j'ai Tristesse de la terre qui m'attend depuis x-temps sur mon Kindle). Ce récit est une pépite. Bravo aux jurés du Goncourt de s'être souvenus qu'il n'y a pas QUE les romans de la rentrée littéraire de septembre qui existent et d'être allés rechercher cette petite merveille parmi les sorties du printemps dernier.

Dans ce court récit, Éric Vuillard revient sur les coulisses de l'Anschluß qui mena à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie et éventuellement à la guerre. Il décrit avec brio l'effroyable banalité et, on peut même dire, l'amateurisme d'hommes qui finalement mirent le monde à feu et à sang. Rétrospectivement, l'impassabilité de la France et de l'Angleterre à cette occasion laisse coi. Au passage, il écorche les industriels allemands qui n'hésitèrent  pas une seconde à participer financièrement aux ambitions guerrières du régime et qui, non seulement, s'en relevèrent mais prospérèrent allégrement après la guerre (Krupp, Siemens, Opel pour n'en citer que quelques-uns). Le parallèle avec Lafarge, actuellement sur la sellette pour avoir très probablement collaboré avec l'État islamique en Syrie, vient forcément à l'esprit. L'argent est décidément encore et toujours le nerf de la guerre...

Le style de Vuillard est tout simplement magnifique. C'est élégant sans être pompeux, concis sans être bâclé - pas un mot de trop dans ce récit, qui se lit en une paire d'heures mais une paire d'heures pendant lesquelles il faut se concentrer pour en absorber chaque détail -, bref du grand art ! Un Goncourt vraiment formidable et mérité cette année. Après le très moyen Chanson Douce, à mon humble avis,  de l'année dernière, cela fait plaisir.