lafon

"A la porte de Gentilly, en venant de la gare, on n'avait pas vu de porte du tout, rien de rien, pas la moindre casemate, quelque chose, une sorte de monument au moins, une borne qui aurait marqué la limite, un peu comme une clôture de piquet et de barbelés entre des prés".

Fille de paysans, Claire monte à Paris pour étudier. Elle n'oublie rien du monde premier et apprend la ville où elle fera sa vie. "Les pays" raconte ces années de passage.

Cela faisait un moment que je me promettais de lire ce roman. D'ailleurs, je l'annonçais déjà dans mes posts concernant Joseph et Histoires. C'est chose faite, enfin. Si l'on s'en tient à la quatrième de couverture, rien ne laisse entrevoir que ce roman est bien plus qu'un simple roman d'initiation ou de nostalgie d'un terroir perdu. Le style de Marie-Hélène Lafon aux phrases tout à la fois longues et imbriquées mais cependant fluides et efficaces ont fait pour moi de cette lecture un moment de plaisir intense. Evidemment, les thème de la terre et du changement radical, qu'ont connues les campagnes au cours du vingtième siècle, associés à l'histoire de cette jeune fille, qui fait ses humanités à la Sorbonne pour ensuite devenir enseignante, me tiennent particulièrement à coeur en raison de mes racines familiales et de mon propre parcours - moi aussi, j'ai eu la chance de passer quelques belles heures de ma vie d'étudiante à la Sorbonne - mais nul n'est besoin de comprendre grand chose à l'élevage des vaches, aux lettres classiques, aux fenaisons ou à l'enseignement du français pour apprécier ce merveilleux roman !

Il y a un passage à la fin du roman que je ne résiste pas à partager avec vous tant il m'a fait rire. C'est une réflexion du père de Claire, venu comme chaque année de son Cantal à Paris entre Noël et le Jour de l'An pour passer quelques jours chez sa fille... "Avec des femmes comme Claire, qui ne voulaient pas se charger d'une famille, supporter un mari, des enfants, et habitaient dans des appartements bourrés de livres, allaient à des spectacles ou voir des peintures dans des musées, à Paris en Autriche à New York, au lieu d'élever des gosse et de s'occuper d'une maison, avec rien que des femmes comme elle, qui gagnaient leur argent sans attendre après les hommes, ça serait bientôt la fin du monde." Dieu soit loué, ni mon père, ni mes grands-pères n'ont jamais pensé ainsi car il y a décidément beaucoup de Claire en moi !